Azanie : Les attaques xénophobes se multiplient

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Ces derniers temps, les attaques contre les immigrés, certaines rappelant de véritables pogroms, se sont multipliées en Azanie/Afrique du Sud. On a déjà pu compter déjà une dizaine de morts et de nombreux blessés.

Où sont les responsabilités de ces actes déplorables ? Quelles sont les origines de ces situations d’une extrême gravité ?

 

Par François Charles

Une extrême pauvreté

Si rien ne justifie la xénophobie, certains facteurs peuvent l’expliquer et, sachant que comprendre c’est traiter, force est de constater que la pauvreté récurrente qui frappe le pays depuis des décennies est, en grande partie, responsable de ces évènements.

Comme le note de nombreux militants engagés, la population à qui on avait promis : « un avenir meilleur pour tous » ressent durement, aujourd’hui, que le gouvernement de coalition de l’ANC, le parti communiste et de la COSATU (centrale syndicale) ait tourné le dos à sa promesse.

Pour tenir cette promesse, au demeurant totalement légitime, il eut fallu que cette coalition fasse le choix d’une orientation politique de rupture avec les puissances économiques et les grandes institutions internationales.

En d’autres termes, il était entendu, par cette « promesse », le projet de se donner les moyens de la mettre en oeuvre; à défaut, il ne pouvait s’agir que d’une mensonge. Et, à ce jour, le bilan est clair, la coalition au pouvoir ne s’est, non seulement, pas donné les moyens nécessaire mais a pratiqué une politique de soumission aux conséquences dramatiques.

Il n’y a aucune exception, dans tous les pays du monde, dans toutes les régions, la pauvreté est toujours le terreau des errements politiques les plus radicaux et des manipulations les plus dangereuses.

L’indépendance passe par la rupture

Contre la pauvreté et les inégalités, pour l’Azanie, comme pour tous les peuples d’Afrique, se pose la question centrale de la rupture. Les pays de la zone Ouest, de l’Afrique du centre et ceux de l’Interland (la sous région), le savent pertinemment : rien ne pourra jamais s’envisager pour une politique d’indépendance sans la rupture avec la (ou les) puissance(s) colonisatrice(s), sans en finir aussi avec la trop « célèbre » Françafrique et se débarrasser de l’emblématique franc CFA, symbole de la soumission monétaire.

Toute l’expérience accumulée depuis les indépendances le montre, aucune indépendance réelle n’est envisageable sans la rupture avec les « règlements » internationaux, rédigés par les grandes puissances, pour leurs seuls intérêts et gérés par leurs propres institutions que sont le FMI et la Banque Mondiale.

ANC, PC, COSATU soumis et compromis

Or, force est de constater que la coalition au pouvoir depuis la chute de l’apartheid, tournant le dos à sa promesse de vouloir « améliorer la vie de tous », a aussi tourné le dos à toute politique indépendante.

Tous les privilèges fonciers de la minorité blanche sont demeurés intacts, malgré les revendications des paysans noirs, toutes les terres sont restées propriété privée des ex bénéficiaires de l’apartheid. Ce problème, marqueur d’une société des plus inégalitaires au monde demeure, de toute façon, comme une bombe à retardement, une bombe qui, on le sait, a déjà éclaté au Zimbabwe.

S’agissant de la Dette extérieure, au lieu de s’affronter aux institutions internationales, le gouvernement Sud-africain s’est toujours attaché à honorer la Dette. Or, soyons clairs, cette dette n’est en rien celle du peuple d’Azanie. Elle a été contractée, pour l’essentiel, par le régime d’apartheid aux fins de s’équiper militairement contre…les populations noires !

A ce titre, elle est totalement illégitime. De plus, ce plan de remboursement implique la soumission aux institutions internationales des grandes puissances que sont le FMI, la Banque Mondiale et l’Union Européenne. C’est cette soumission aux plans de « restructuration » imposés par ces institutions qui entraîne les privatisations massives, la destruction des services publics, le saccage du système éducatif et du système de santé…autrement dit, la paupérisation des populations noires.

Une xénophobie encouragée par en haut…

On a vu récemment des partis institutionnels comme la DA (Démocratic Alliance) mettre de l’huile sur le feu. Bien sûr l’AD est héritière directe du parti de l’apartheid, mais elle est aussi le parti qui dirige aujourd’hui la ville du Cap et la Région du Cap-occidental et c’est donc ce parti en responsabilité, qui, au faux prétexte de lutte contre la drogue, mène des expéditions policières musclées dans les quartiers pauvres du Cap, pendant qu’à Johannesburg, c’est le maire de la ville, dirigeant national de la DA, qui organise des opérations policières contre les petites boutiques, suspectées d’écouler des produits contrefaits. Tout le monde aura compris que dans les quartiers pauvres comme dans les boutiques ce sont essentiellement  les immigrés qui sont désignés et visés.

Bien sûr, l’ANC n’est pas directement impliquée dans ces actions de persécution et de propagande anti immigrés, mais personne n’est dupe, surtout lorsque Ramaphosa ne trouve rien de mieux que de donner son approbation à ces menées policières à grande mises scène médiatiques, notamment au Cap.

La grande pauvreté, terreau de toutes les manoeuvres racistes, est le résultat direct des politiques d’austérité acceptées et mise en oeuvre par les dirigeants et, sur le continent africain, comme en Europe et aux USA, pour résoudre leurs contradictions, au lieu de mettre un frein à ces folles embardées, ces dirigeants choisissent toujours la politique du pire, notamment celle du racisme, de la xénophobie voire de l’extrême-droite.

 

 

 

 

 

 

 

 

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