Guerre au Moyen Orient, guerre contre l’Iran : Avalanche de bombes…Avalanche de profits !

Par François Charles et Romuald Boko

Une situation mondiale tendue à l’extrême

Alors que le conflit a dores et déjà mis toute la région à feu et à sang, alors que les raids aériens conjoints d’Israël et des USA contre l’Iran se chiffrent en tonnes de bombes, frappant indifféremment cibles militaire et population civile; alors que, pour une durée indéterminée, certainement plusieurs années, les infrastructures de production pétrolières et gazières sont mises à mal, autant par les attaques ciblées que par les tirs de riposte; alors que la solution azotée ne passant plus le détroit d’Ormuz, la hausse de prix des intrants compromet gravement l’équilibre alimentaire mondial conduisant certains pays en danger de famine, alors que, et enfin, nombre d’observateurs considèrent que : “la récession américaine pourrait provoquer un effet domino, affectant les économies européennes et les marchés émergents. Entre hausse des prix de l’énergie, perturbation des chaînes logistiques et ralentissement de la demande mondiale, la vigilance des banques centrales et des gouvernements sera donc déterminante pour éviter un scénario catastrophe, les prochaines semaines seront à ce titre cruciales : ou la fin du conflit au Moyen-Orient ou, à défaut, sa prolongation, pourrait sceller la trajectoire économique de 2026”(L.Dusautez in La Tribune)

Autrement dit, dans les deux cas de figure, “que le conflit se prolonge ou qu’il cesse”, c’est une bouteille à l’encre mondialisée panique générale et personne ne peut savoir de quoi demain sera fait. Comme un train fou lancé à toute allure sans conducteur.
Cependant, pour certains, le business continue et mieux encore, il se porte très bien et même prospère.

Business, spéculation ou les deux à la fois ?

Tétanisés par le fracas continu des bombes sur Gaza martyrisée, par les frappes meurtrières sur un Liban désarmé et un Iran privé de défense aérienne, il est presque naturel de ne pas immédiatement prêter attention aux “résultats” des grands groupes industriels. Ce qu’on peut y lire est pourtant édifiant. Qu’on en juge :”Un excellent premier trimestre 2026 : c’est ce qu’annoncent les grandes maisons de négoce du secteur pétrolier. Les perturbations des flux engendrées par la guerre au Moyen-Orient ont permis à ces acteurs de réaliser des profits exceptionnels.” (RFI 04/05/2026)

On notera en passant que ce sont bien “les perturbations des flux engendrés par la guerre” qui ont permis à ces multinationales de “réaliser des profits exceptionnels”.
Dire, dans ces circonstances, que ces entreprises, et leurs actionnaires, ont un intérêt direct à la guerre semble un euphémisme…Plus loin dans le même article on peut lire encore : “Les résultats de Glencore* sont emblématiques de ces records enregistrés. La maison de négoce a annoncé de très bons résultats pour les trois premiers mois de l’année 2026. La branche commerciale du géant suisse, celle qui s’occupe de l’activité de trading, a donc revu en fin de semaine dernière ses prévisions annuelles à la hausse, et table sur un bénéfice de 3,5 milliards de dollars, ce qui serait un de ses meilleurs résultats.” 

La plupart des autres négociants, profitant de la situation, ont eux aussi enregistré des bénéfices exceptionnels. On cite ainsi Vitol, Gunvor et Mercuria qui ont annoncé des résultats exceptionnels allant jusqu’à dépasser en un seul trimestre leur résultat total de l’exercice 2025 !
Bien au delà de l’image d’un clean-business véhiculé par les “écoles de commerce”, les mécanismes qui président à ces gains financiers faramineux portent un nom et ce nom est, encore et toujours : la spéculation. 

Qu’il s’agisse de denrées alimentaires ou d’énergie, le processus est toujours le même : obtenir une montée des prix par l’annonce d’une diminution, réelle ou non, du stock de produits et revendre ensuite au prix fort. En l’occurrence, le déclenchement de la guerre contre l’Iran, le blocage d’Ormuz, les destructions des infrastructures de production, etc…ont immédiatement “fait craindre” une diminution de la quantité mondiale de pétrole disponible, “ressenti” entraînant mécaniquement une flambée immédiate des cours. Les cargaisons de brut et de produits raffinés se sont alors négociées à des prix hors sol. A ce propos, le PDG de Gunvor déclarera même à l’agence Bloomberg :“on a vu le pétrole de Dubaï se négocier à 160 dollars le baril et le kérosène à plus de 200 dollars.”

Est-il bon de préciser que les produits dont il est question ici avaient été achetés au cours…d’avant la flambée des prix ?! Bien évidemment non, comment expliquer sinon l’addition de ces milliards de bénéfices subitement engrangés !

Quand Total-Energies “capture” la hausse des prix !

L’entreprise française, quatrième compagnie occidentale en termes de chiffre d’affaires, “bien connue” de longue date en Afrique, a fait récemment, quant à elle, des annonces qui ont provoqué nombre de remous sur le territoire national français. En effet, alors que la guerre faisait rage, que l’Iran était submergé par un carpet bombing rarement vu et que, déjà, les annonces de “bavures” se multipliaient…Total choisissait ce moment pour publier ses résultats, montrant, lui aussi, des hausses de bénéfices exorbitantes. Il signalait ainsi que son bénéfice industriel pour le premier trimestre avait fait un bond de 5.8 milliards de dollars, soit, rapporté à une année, une hausse équivalente à 51%.
Une “performance” qui fera dire à Patrick Pouyanné, son PDG, après qu’il eut annoncé gratifier ses actionnaires d’une hausse de 5.9% des dividendes, que Total “avait su capturer la hausse des prix”.
On appréciera la formule châtiée pour qualifier de vulgaires opérations de trading.

D’ailleurs, attaqué en France par des représentants politiques estimant que “Total profite de la guerre pour faire exploser ses bénéfices” (Clémence Guetté, députée), Patrick Pouyanné, pour se défendre, expliquera alors à des analystes : “le prix du pétrole plus élevé observé depuis le début de la guerre compense largement la perte de production au Moyen-Orient”.En fait, Pouyanné nous rappelle ici le principe de base de la spéculation : acheter au moins cher pour revendre au prix le plus haut.
Et, comme pour bien river le clou, il précisera que, pendant ce temps, ses unités de raffinage ont tourné à plein régime, à plus de 90% de leurs capacités, “capturant ainsi les marges exceptionnelles au mois de mars”, quand les cours des produits raffinés s’envolaient (commentaires du groupe Total)

Le Monde selon Trump…

En réalité, parmi d’autres, mais aussi parce qu’il est bien connu en France et en Afrique, le cas de Total-Energie est particulièrement symptomatique de la prédation dans ce qu’elle peut avoir de plus violent. Une violence froide qui s’exprime par la manière même dont le PDG explique “benoîtement” les ressorts de la spéculation qui l’enrichit et surtout, comment, lorsqu’il se retrouve au centre des critiques, il ne peut faire autre chose que protester de sa bonne foi.

La réalité est que cette ènième crise mondiale révèle, encore une fois, le mur dressé entre les “décideurs”, que nous pourrions aussi appeler “les riches”, et les peuples avec lesquels ces derniers ne peuvent concevoir de rapports que de type impérialiste.

Qu’il s’agisse de leurs propres pays dans lesquels ils maltraitent tout ou partie de leurs propres populations pour les diviser entre elles, qu’il s’agisse de pays qu’ils agressent militairement pour les démanteler et, si possible les détruire en tant que tels ou encore de régions entières qu’ils entendent maintenir sous leur coupe et leur dépendance par la force armée et chantages divers.
Lorsque le PDG de Total, exhibant avec fierté ses profits, s’insurge d’être qualifié de profiteur de guerre, est-il peut-être de bonne foi, qui sait ? En tout cas, la question mérite d’être posée.

En tout cas, toujours est-il qu’il ne voit pas la toile de fond rouge-sang de son faramineux enrichissement ! Il ne voit pas les 120 enfants tués dans le bombardement de l’école des filles à Téhéran, il ne voit pas les milliers de morts à travers toute la ville et le pays, les victimes de Beyrouth et les charniers de Gaza….il ne les voit pas, il en est responsable mais ne les voit pas, parce que son monde à lui est ailleurs.

Son monde est à Wall Street, à la City, au Cac 40, aux sièges des banques et dans les conseils d’administration pour ses propres actionnaires.
En fait, de là où sont tous ces gens, on ne voit pas l’humanité, on n’a comme boussole que la recherche du profit maximum.

Et en haut de leur pyramide, Trump !

Entre autres informations, celle-ci du 14 mai 2026, transmise par le bureau d’éthique gouvernementale (Office of Government Ethics, OGE) est tout à fait édifiante, la presse américaine la relaie ainsi : Donald Trump lié à des transactions financières de centaines de millions de dollars impliquant les grandes entreprises américaines”On apprend dans l’article qui suit, que les opérations portent sur des centaines de millions de dollars, rien que pour l’année 2026. De nouveaux documents rendus publics le jeudi 14 mai, révèlent ainsi que le président américain a été impliqué, au cours de l’année en cours, dans une série de transactions financières liées à de très grandes entreprises américaines, parmi lesquelles, Amazon, Apple, Microsoft et Uber. (In le Monde, 14 mai 2026)

On n’oubliera pas, pour son compte et celui de son entreprise immobilière, les honteuses “négociations” avec le président ukrainien concernant les livraisons d’armes en échange des terres rares d’Ukraine et du chantier de reconstruction d’après-guerre.

Si un vieux proverbe dit que “le poisson mort pourrit toujours par la tête”. Alors, à bien y regarder, il est permis de penser que si le monde n’est pas mort, il est peut-être bien, quand même, en train de pourrir par la tête

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