Stratégie “économique” des USA : La guerre coloniale partout !

Par François Charles &  Romuald Boko (17/01/26)

Une prédation planétaire

Le 25 décembre dernier, au prétexte de punir “l’Etat islamique” au Nigéria, accusé par Washington de persécuter des populations chrétiennes, les Etats-Unis ont mené, depuis le golfe de Guinée, des frappes meurtrières au nord-ouest du Nigéria, dans l’Etat de sokoto. Au début de janvier, une semaine plus tard, l’armée américaine s’est introduite au Venezuela et, au terme d’une opération préparée de longue date, s’est emparée du président en exercice pour le déporter aux USA où il devrait être jugé pour narcoterrorisme.

S’agissant des frappes contre le Nigéria, Donald Trump, pour les justifier, déclare :” L’Etat islamique cible et tue des chrétiens, à des niveaux jamais vus depuis des années et même depuis des siècles” (déclaration partagée par le ministère de la défense rebaptisé ministère de la guerre, le bien nommé).

Un argumentaire bien suspect quand il est de notoriété publique que des groupes terroristes au Nigéria frappent indifféremment les populations, qu’elles soient musulmanes, chrétiennes ou athées. Alors que le gouvernement Nigérian lui-même, précise que cette opération, dont il dit avoir été “partie prenante”, ce dont on peut sérieusement douter, ne concernait aucune religion ou ethnie en particulier.

Il n’empêche que ces frappes meurtrières contre le Nigéria doivent être considérées comme un sérieux avertissement, d’autant plus lorsqu’on sait que l’armée US a mis en ligne la vidéo du lancement d’un missile Tomahawk vers le Nigéria, depuis un navire de guerre stationné au large, dans le golfe de Guinée. On sait par expérience, qu’Il n’y a rien à attendre de bon lorsque les agresseurs font montre de leur toute puissance militaire.

Géopolitique de la canonnière

L’attaque et le rapt du président vénézuèlien, comme les frappes contre le Nigéria, ont tellement de points communs qu’ils peuvent parfaitement éclairer la démarche coloniale entreprise par les USA de par le monde.
On connaît en effet les immenses réserves pétrolières du Nigéria, premier producteur africain et, pour se répéter, on connaît aussi “les immenses réserves” en pétrole du Vénézuéla dont on dit qu’elles seraient à ce jour “la plus grande réserve prouvée”. Un “grand point commun” donc, perçu sans nul doute par l’administration Trump?
Selon les affirmations du secrétaire d’Etat Rubio, pour les USA, le pétrole du Vénézuela est désormais une affaire réglée.
En effet,Trump a prévenu que, sous peine de nouvelle intervention militaire, la gestion de l’entièreté de la chaîne pétrolière, de l’extraction au traitement, et de la commercialisation à l’acheminement…sera assurée directement par les Etats-Unis eux-mêmes, depuis les Etats-Unis ! Y compris, bien sûr, les encaissements, les vénézuéliens n’étant plus maîtres de la gestion des recettes. Une prédation qui dit son nom et qui nous renvoie bien loin du “narco-terrorisme”, le reproche initial !
De tels agissements ont de quoi inquiéter les autorités nigérianes qui viennent déjà de se voir bombarder, sans autre forme de procès, pour le même genre de prétexte fallacieux que les vénézuéliens, ici un “génocide” anti-chrétiens, là un “narcotrafic”…
De plus, entre le Vénézuela et le Nigéria, les similitudes ne s’arrêtent pas à leurs gigantesques réserves en pétrole, on peut relever en effet, que ces deux pays ont ensemble des relations avec la Chine, tant au plan commercial que militaire. Pour les USA, ces relations sont l’oeil du cyclone de la leur “géopolitique”, dite “doctrine Donroe”, jeu de mots mégalo-trumpien, contractant deux noms, “Donald” son propre prénom et “Monroe”, le nom du concepteur originel de cette doctrine impérialiste des USA sur les Amériques et au delà.
En effet, sachant que, dans le cadre de leurs échanges commerciaux avec la Chine, ces deux pays, Vénézuela et Nigéria lui fournissent du pétrole alors qu’une des préoccupations majeures de l’Administration Trump est “d’assécher” encore un peu plus, l’approvisionnement de la Chine en Pétrole.
Une conception de la géopolitique, qu’il faut bien qualifier d’impérialiste, qui vise, par la force, à freiner le déclin de l’hégémonie des USA dans le monde, en se “réinstallant” comme puissance tutélaire, militaire, économique et politique sur l’ensemble du continent américain et à l’échelle de la planète.

“Une domination intégrale de la Terre de feu au Groënland!”, pour reprendre les propres termes de Marco Rubio, actuel secrétaire d’Etat, sans omettre la colonisation de l’archipel caribéen puisque les menaces à l’encontre de l’État Cubain se font de plus en plus précises. Sans pudeur, Trump a même souhaité “offrir” Cuba à Marco Rubio en le nommant président. On croit rêver. On notera que cette doctrine Monroe, auparavant circonscrite, au seul continent américain, en devenant Donroe s’est élargie au Moyen-Orient, à l’Iran et à l’Afrique, comme viennent de le montrer, ce mois de décembre, les frappes contre le Nigéria.

Agression militaire contre le Nigéria qui doit être perçue comme un avertissement sans frais pour le Nigéria d’abord, bien sûr, mais aussi pour tous les pays du Continent qui se trouvent dans une situation similaire avec la Chine.

Emmanuel Macron et ses ambassadeurs

Après que les Etats-Unis ont bombardé des villes du Vénézuela et rapté le président en exercice, on aura remarqué combien la réaction d’Emmanuel Macron a été très favorable à cette agression et ce, malgré les violations du “droit international” dont pourtant, il se proclame, toujours, être un des champions. C’est donc sur son compte X que le président français s’est exprimé, affirmant : “le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolàs Maduro”.

Qu’il nous soit permis de rappeler, qu’en l’occurrence, il s’agit, tout de même, de l’enlèvement armé du président en exercice d’un pays souverain.
Etant entendu que, en politique internationale, rien ne saurait tenir du hasard, il convient de rappeler que, au moment même où, en mer Caraïbe, provoquant plus d’une centaine de victimes, Trump attaquait nombre de bateaux suspectés de narcotrafic, Emmanuel Macron, de son côté, déployait des navires de la flotte dans les îles françaises des caraïbes pour “lutter contre le narcotrafic”. Curieuse coïncidence diront les esprits grincheux…  

Souvenons-nous aussi que, jusqu’en 2024, Total-énergie, était encore présente au Venezuela et se verrait bien obtenir, elle aussi, une part du gâteau accaparé par les USA.
Enfin, pour mieux comprendre la position d’Emmanuel Macron, il est bon de revenir sur son discours aux ambassadeurs, cérémonie officielle de la diplomatie française qui se tient chaque année à l’occasion des voeux et au cours de laquelle le président de la République, après bilan, trace les perspectives pour la diplomatie française.
En préambule à son intervention il dit : “Nous sommes dans un monde qui se dérègle, les instances du multilatéralisme fonctionnent de moins en moins bien, nous évoluons dans un monde de grandes puissances avec une vraie tentation de se partager le monde”
On notera la dernière phrase, on ne peut plus claire, sur la “vraie tentation de se partager le monde”. Sachant que, un peu plus avant dans le même discours, il fera la short-list des puissances en mesure de s’inviter à ce “partage” et qu’il y incluera l’Europe, on comprendra mieux son empressement à redéfinir une “néo-politique Africaine”, ex pré carré, selon lui, à réactiver.
Après qu’il ait clairement fait le choix des “camps” et des alliances en classant les “les USA en puissance établie, mais qui se détourne progressivement de certains de ses alliés..” et la Chine, comme une : ”puissance toujours montante…mais qui témoigne d’une agressivité commerciale de plus en plus désinhibée” , plaçant d’un côté les USA, qui bien que se livrant à des guerres commerciales et militaires aux quatre coins du monde demeurent “une puissance établie” avec lesquels il conviendrait de pouvoir redevenir “amis et alliés”.

Une fois dit ceci, il explique ensuite que “l’Europe qui protège c’est le pilier de la stratégie. C’est la préférence européenne, c’est la clause de sauvegarde et c’est des vrais mécanismes de protection de nos intérêts.”

Enfin et pour conclure ce chapître du rôle de l’Europe, le président de la seule puissance nucléaire européenne, n’omettra pas de marteler à son auditoire : “On veut (bien) respecter les autres mais on veut être respectés…” ajoutant d’un ton entendu : “je ne veux pas aller plus loin, mais vous le comprenez donc, que le premier axe, c’est vraiment celui de nos intérêts sécuritaires et militaires, économiques, technologiques et donc démocratiques et intellectuels.” C’est à dire que dans un monde totalement ébranlé tous azimuts par des guerres ouvertes, le génocide à Gaza, le Soudan meurtri, les menaces permanentes, les guerres commerciales, les sanctions affamant les peuples…le president Macron, avant de passer au point “africain” de son discours, place au premier rang de ses priorités, ce qu’il nomme même le “premier axe” : “nos intérêts sécuritaires et militaires…”, comme une Marche à la guerre générale?

Une Françafrique new look ?

Précédemment, pour décrire la situation internationale, Macron avait bien évidemment listé les pays (et les continents) susceptibles, selon ses propres mots, de pouvoir se partager le monde, USA, Chine, Europe…. on imagine mal le voir classer le Continent africain parmi ces candidats ! Voyons donc, alors, dans quels termes il aborde cette “question africaine” Citation :” quatrième grand partenariat qu’il faut consolider, c’est celui avec l’Afrique” et, développant sa pensée, il ajoute : “On a complètement changé le logiciel depuis le discours de Ouagadougou. C’est un partenariat d’égal à égal. On a revu, et on a eu raison de le faire, nos bases militaires.” Une bien curieuse vision d’un partenariat que celle qui commence par parler de soi-même, de ses propres intérêts et de ses bases militaires en Afrique. Plus loin :“ça été perçu comme un abandon. Détrompez-vous. On a fait avec constance les choses. On a rééquilibré le partenariat.”. On notera que, clairement, les ambassadeurs semblent sceptiques puisque leur président leur assène qu’ils se trompent (“détrompez vous !”). En même temps, observant les “partenariats rééquilibrés” à Ouaga, au Mali, à N’djaména, au Gabon ou encore à Dakar, on peut comprendre la stupéfaction des ambassadeurs. Plus avant encore, le président va resserer son propos : “On a enlevé la composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et les jeunesses. On a rebâti un partenariat militaire qui est pertinent et qui a montré sa force et sa pertinence au Bénin et qu’on est en train de construire avec plusieurs autres pays”

En fait, on sait très bien que, dans les rapports asymétriques qui présidaient au système françafrique, la question de la présence et de la puissance militaire de la France était centrale, et pour cause. Or, le moins qu’on puisse dire de la présentation aux ambassadeurs sur cette question, c’est que le flou l’emporte sur la clarté et que, pour reprendre l’adage : “là où il a un flou, il y a un loup”.
Et, puisqu’il est question de “partenariat”, qu’en est-il de la partie économique, relations commerciales et échanges ? extrait : “et là où nous avons besoin d’améliorer les choses c’est dans l’implication du monde économique…c’est à dire, à mesure que nous avons complètement réinventé la relation diplomatique pour la rendre intelligible, trop de nos groupes se sont désinvestis du continent africain. Je demande à ce qu’on apporte des réponses sur les sujets financiers”. A bien comprendre, ce sont donc des entreprises françaises qui se seraient désinvesties et le président de questionner : “Il y a 15 ans, nous étions une puissance bancaire et financière en Afrique. Tout le monde a vendu.
La faute à qui, à quoi ? Posant la question c’est Emmanuel Macron qui s’empresse lui-même de répondre. Las, c’est aussi dans cette réponse que re-surgissent les relents de cette vieille Françafrique qui, du discours de Sarkozy à Dakar (Cheikh Anta Diop) à celui de Macron à Ouagadougou, n’aura jamais vraiment été abandonnée : “ j’ai demandé au ministre de vraiment voir les choses en profondeur et au fond. Amenons donc des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons ceux qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien et ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener”.

Eh bien ! Pour paraphraser une remarque déjà célèbre, il est permis de poser la question : Est-ce qu’un président devrait dire des choses pareilles !
Non, monsieur le président, l’Afrique n’a pas besoin de vos “entreprises qui ont faim”, le Continent n’a plus rien à faire de ces rapaces qui n’envisagent les “partenariats” que pour satisfaire leurs appétits et leurs seuls intérêts.

En réalité, votre point de vue est tellement à sens unique que vous n’avez pas, pas un mot, pas une phrase dans tout votre discours, pour évoquer la simple existence de celles et ceux censés fournir les profits à vos “groupes affamés”. Et pourquoi cela ? Simplement, parce qu’au fond, dans votre conception des rapports France-Afrique, ces “partenaires” n’existent que dans vos business-plans.

Start typing and press Enter to search