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Togo : Dissolution du RPT et après ?

Par Armel Kuassi Johnson et Joël Broom, correspondants à Lomé

Crée le 30 Août 1960 par l’ancien président du Togo, Gnassingbé Eyadema, décédé en février 2005, après près de quatre décennies de règne sans partage, le parti du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), a été “dissout” le samedi 14 avril 2012 à Blitta, localité située à 300 kilomètres de Lomé, la capitale togolaise. Certains observateurs ont parlé de “seconde mort” d’Eyadema même si d’autres restent encore très frileux d’une éventuelle renaissance du “Phénix”. Cela d’autant que le débat politique actuel au Togo reste alimenté par ces deux tendances de vue de l’opinion publique. Mais déjà, on se félicite quand même d’un défi majeur relevé par le pouvoir du président actuel, celui d’en finir avec les anciennes pratiques en mettant sous éteignoir le RPT, l’un des derniers symboles vivants de l’ancien président togolais.

Même si la question ne se pose plus aujourd’hui de savoir si le RPT est “dissout”, – puisque de hauts responsables de ce parti l’ont clairement affirmé à des journalistes, juste après les travaux de Blitta -, il reste cependant de savoir ce qu’il adviendra du nouveau parti, UNIR (Union pour la République) qui fait déjà le plein des anciens seigneurs du RPT. Les choses sont allées très vite et l’on se demande si le nouveau parti ne va finalement pas hériter de l’idéologie “rptiste”. Mais il y a sans doute plus de peur que de mal car le Chef de l’Etat togolais s’est d’ailleurs montré très rassurant en indiquant que les actifs du RPT dissout iraient à une fondation en création, dénommée “Fondation Gnassingbé Eyadema”. Aucun lien donc, a priori, entre l’ancien et le nouveau parti puisque ce dernier ne devrait rien hériter du patrimoine du RPT. De quoi visiblement donner les gages de confiance à un peuple longtemps désaxé par les dérives autoritaires de l’ancien président togolais, Gnassingbé Eyadema.

Mais loin des gestes et des promesses salutaires du président Faure Gnassingbé, le débat reste vif et l’inquiétude persistante quant à la méthode avec laquelle le nouveau parti a vu le jour ; notamment dans l’euphorie du décès de l’ancien. En effet, le requiem du RPT prononcé ce samedi 14 avril 2012 à Blitta a eu une double résonnance dans la sphère politique togolaise. En même temps qu’il apparaît, pour la grande majorité, comme un acte courageux et salutaire du pouvoir en place, il laisse encore une certaine frange de l’opposition sceptique quant à sa mutation rapide. Le nouveau parti UNIR, Union pour la République, né des cendres fumantes du RPT, aura certainement tout à gagner en s’éloignant des anciens réflexes rpétistes. Car la tendance reste forte à l’inquiétude que le Phénix renaisse de ses cendres s’il n’a pas été bien incinéré. Mais le président Faure, lui qui désormais préside le nouveau parti UNIR, doit déjouer les pronostics malveillants des sbires de la vielle et défunte RPT et réussir à freiner leurs velléités afin de donner, une fois encore, du confort à ses promesses. C’est plutôt le moment d’assurer une veille permanente contre un éventuel retour des “vieux démons”.

En homme d’action et de vision donc, Faure Gnassingbé s’est porté en l’espace de deux semaines sur deux chantiers politiques de pointe : celui de la réconciliation nationale et de la dissolution du RPT. Il faudra donc s’attendre, les jours à venir, aux multiples réformes dont les couleurs sont d’ores et déjà annoncées par le nouveau parti : contribuer à l’ancrage de la démocratie au Togo en œuvrant à l’émergence d’une nouvelle éthique républicaine fondée sur l’égalité et la fraternité, consolider la relance économique, améliorer les conditions de vie des populations togolaises et en particulier de ses couches les plus vulnérables etc. Des chantiers sur lesquels les togolais attendent le président Faure Gnassingbé, visiblement résolu, à rompre les amarres avec les anciennes pratiques et remettre le pays sur le voie de l’émergence.

 

La réconciliation

Guerres civiles, assassinats politiques, tortures, exécutions sommaires, violences pré et postélectorales, etc. Autant de plaies restées ouvertes ou à moitié cicatrisées que trainent les populations du Togo depuis plusieurs décennies. Une situation qui fragilise la cohésion de l’Etat togolais et la constitution d’une véritable Etat-nation. La Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), mise en place par l’actuel régime pour gérer le lourd et douloureux héritage Eyadema a eu le dos large pour gérer les pleures des milliers de togolais versées dans des plaintes et dépositions accablantes. Dirigée par le prélat Nicodème Barrigah-Benissan, évêque de la ville d’Atakpamé, cette commission avait pour mission d’établir dans ses travaux, toute la lumière sur les évènements qui ont jalonné l’histoire politique du Togo. L’étude minutieuse des 22 415 dépositions recueillies ont permis à la commission de présélectionner 800. Ce qui du coup ouvre la voix à la phase cruciale et sensible que constitue les audiences. Dans les dossiers présélectionnés, la commission n’a véritablement auditionné que 523 dont 425 en séances publiques, 30 en séances in caméra, 50 en privé, 5 en vidéoconférences et 13 en audiences spéciales. Les questions essentielles qui ont fait l’objet des auditions sont relatives à la mort de Sylvanus Olympio, le premier président démocratiquement élu du Togo, à la tragédie de Fréau Jardin, à l’assassinat de Tavio Amorin , à l’attaque de la primature, aux massacres de la lagune de Bè, aux évènements de Kévé, les circonstances des décès d’Antoine Meatchi et de Gaston Edé, les violences postélectorales de 2005 et bien d’autres évènements qui ont marqué l’histoire du Togo. Une panoplie de personnalités, de témoins et de victimes s’est présentée devant les membres de la commission au cours de cette période pour s’exprimer. Après près de deux ans de travaux, la commission a remis officiellement son rapport le 3 avril 2012. Un rapport de 309 pages qui a fait des recommandations, 68 exactement à l’endroit du gouvernement, des partis politiques, des institutions et des populations. La priorité est accordée aux droits de l’homme avec au passage l’interdiction absolue de la torture. Pour cela, la CVJR recommande la criminalisation des actes de tortures avec en toile de fond la recherche, la poursuite et la sanction des auteurs présumés. Les questions liées aux réformes institutionnelles font partie des préoccupations de la CVJR. Elle recommande le retour à l’article 59 de la constitution du 14 octobre 1992 relatif au mandat présidentiel. Dans le cadre des reformes à venir au niveau des forces armées et de la police, la CVJR insiste sur le recrutement militaire qui devrait se faire dans la plus grande transparence dans toutes les régions du pays. S’agissant de l’organisation de la société, la commission recommande la prise par l’Etat des mesures concrètes de lutte contre l’impunité non seulement au niveau de la violation des droits de l’homme mais aussi en ce qui concerne des détournements des biens publics. Sur le plan politique, la CVJR recommande aux différents partis politiques de s’engager à travers un code de bonne conduite, d’entretenir un dialogue permanent avec une primauté accordée au consensus. Bref, la CVJR a ratissé large pour permettre véritablement l’émergence d’une nouvelle société togolaise.

 

 

 

 

A Propos Axel KOKOYE

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