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Par François Charles

 

A L’heure où l’actualité juridique rattrape Bolloré pour ses activités sur le continent africain; au moment où pouvait enfin lever le voile sur les agissements des grands prédateurs contre l’Afrique; à l’heure où l’on pouvait imaginer que les bouches «officielles» étaient sur le point de s’ouvrir, voilà que de Brazza, un énième «nouvel épisode» vient nous rappeler que non, décidemment, la françafrique ne serait pas mise en cause et que, bien vivace, elle avait toujours de beaux jours devant elle.

Sassou Nguesso et Total, encore et toujours

Si riche en ressources, notamment pétrolières, autour des années 2000 le Congo Brazza est pourtant au bord de la faillite. Pour obtenir des facilités de prêts auprès du FMI et de la Banque mondiale Nguesso, parvenu au pouvoir au prix d’une terrible guerre civile doit décrocher le statut de PPTE (petit pays très endetté).Ce statut de PPTE présente l’avantage majeur d’effacer, tout ou en partie, la dette mais exige en même temps des pays concernés qu’ils se soumettent aux exigences du FMI et n’aient pas recours au système du «préfinancement pétrolier».On connaît, par expérience, les conséquences des exigences du FMI et de la Banque Mondiale, longtemps appelés PAS (Plans d’ajustement structurel) en matière de politique d’austérité. L’austérité, les «économies» imposées… portent, en effet, uniquement sur les «dépenses» publiques, autrement dit sur la mise à mal des services publics. Résultat dramatique connu de ces politiques, toujours à l’oeuvre et toujours imposées : privatisations massives des services, des grandes administrations, de la santé, de l’école…dont il n’est nul besoin de décrire les méfaits. Privatisation massive qui, comme par hasard, profite essentiellement à des consortiums étrangers au continent, notamment français tels Bolloré, Bouygues, France Télecom…S’agissant du «préfinancement pétrolier», procédure qui permet de percevoir des fonds par avance sur les ventes pétrolières à venir, la pratique est tout à fait juteuse à la fois pour le récipiendaire mais aussi pour les grands pétroliers et les institutions financières.Le Congo-Brazzaville étant classé PPTE, la question posée est donc: «comment contourner l’interdit?»C’est le journal le Monde, suite aux suites de l’enquête sur l’affaire dite des «panama papers» qui a mis au jour ce nouveau scandale au Congo-Brazza, dont la multinationale Française Total se révèle être au centre du jeu.Laissons là les descriptions, tellement éculées, des turpitudes financières illégales et autres «montages» louches, qu’on peut retrouver sur le site du Monde, soulignons seulement que le résultat de cette opération irré-gulière, garantie par Total, a fait arriver d’une part, 80 millions d’euros sur le compte du gouvernement congolais selon le journal économique les Echos et «offrir» à Total l’accès à un nouveau champ pétrolifère.Cette corruption, comme on la voit à l’oeuvre avec le groupe Bolloré dans toute l’Afrique de l’Ouest, par delà l’enrichissement des uns et des autres, a des conséquences considérables sur les populations. C’est par cette corruption que, du Congo Brazza au Togo en passant par le Tchad, le Gabon, la Guinée Equatoriale…sont maintenus au pouvoir des dictateurs, des familles et des maffias qui soumettent les peuples et les maintiennent dans l’extrême pauvreté pour le plus grand bénéfice des multinationales.

Bolloré, les pieds dans ses affaires!

Son patron placé en garde a vue, le groupe Bolloré se défend comme un diable : « d’avoir jamais commis d’irrégularités en Afrique». Et pourtant….Pourtant, l’enquête s’est dirigée vers les circonstances qui ont précédé, en 2010, à l’obtention de la concession du port de Lomé pour 35 ans juste avant la «réélection» de Faure Gnassingbé. Le problème pour Bolloré qui dit «n’avoir commis aucune irrégularité», c’est que les documents mis au jours par l’enquête tendent dores et déjà à montrer la pré-sence de sous-facturations de Havas, entreprise de communication du groupe Bolloré, dirigée par le fils du chef, Yannick Bolloré en personne. Ces «rétro-commissions» ont été versées en marge des campagnes électorales victorieuses des «candidats» Condé en Guinée et de Faure Gnassingbé au Togo. Les concessions portuaires étant, bien entendu, concomitantes….Les explications de Condé, si l’on était dans le drame le pire qui puisse frapper le Continent, pourraient prêter à rire : «Bolloré remplissait toutes les conditions d’appel d’offre. C’est un ami, je privilégie les amis. Et alors?» Et alors ? croit-il bon d’ajouter ou quand l’arrogance le dispute à la bêtise.Le résultat de ce «Et alors?» est parlant. A ce jour, le groupe Bolloré possède 70% des ports de l’Afrique de l’Ouest et déjà près de 30% de ceux de la côte Est ! Et alors ?Sans aucun appel d’offres Bolloré a obtenu, en même temps que le premier terminal de conteners, le chemin de fer a destination de l’intérieur. Résultat : sur l’ensemble de la Côte Ouest , le groupe a aujourd’hui le monopole du transport et de l’approvisionnement de l’Interland. Monopole de l’approvisionnement de toute la sous-région ! «Et alors?» continuera à nous dire Alpha Condé !Le résultat des relations «amiami» tant vantées par Condé est encore que Bolloré est présent dans 46 pays africains !De toutes les mesures de privatisations imposées par le FMI, l’UE, la Banque Mondiale…les seuls bé-néficiaires sont , bien entendu, les grandes firmes internationales. C’est ainsi qu’autour des années 2000, Bolloré fera main basse sur le chemin de fer entre Côte d’Ivoire et Burkina.Autant dire qu’après cette «opé-ration» d’accaparement le groupe se trouve propriétaire unique des moyens d’acheminement vers tous les pays enclavés comme le Burkina bien sûr, mais aussi le Tchad, la Centrafrique etc. situation de monopole inacceptable, d’autant plus que sont acheminées en priorité les propres marchandises du groupe et celles des «amis» Total, Areva… On le répète sans cesse, l’Afrique est riche de ses populations, de ses capacités agricoles, de ses sous-sols… et pourtant! -«Et alors?» dirait Condé – Et pourtant les populations sont confrontées à une misère endémique et les dictateurs prospèrent, à la solde des multinationales. Pillages systémiques, racket institutionnel, destruction des services publics…le pétrole coule à flot pour Total, les profits pour les Bouygues et les Bolloré.Il faudra bien qu’un jour vienne où les africains, sachant que celui qui possède les ressources doit avoir le droit à les gérer, affrontent la question de la corruption là où elle commence, c’est à dire sur le continent avec les corrompus et affrontent aussi les corrupteurs d’où qu’ils soient.

Par François Charles

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