Rate this post

Par Abla Merzougui Lahket

Alors que, avec six autres collègues et montrant par là les réelles tensions entre Al Sissi et le Qatar, trois journalistes d’Al Jazeera viennent d’être condamnés à des peines de prison allant de sept à dix années de prison, les deux monarchies continuent de se livrer à une véritable bataille de chiffonniers sur le sol égyptien.

On sait comment, de la Libye à la Syrie, au Sahel, en Palestine et pensant bien sûr à l’Irak, soufflant sur les braises, à grands coups de financements massifs, de livraisons d’armes, d’entretien de mercenaires…dans tous les conflits récents et en cours, leur lutte d’influence se mesure en milliers et milliers de morts (1).

Avec la période révolutionnaire en cours en Egypte, que même l’élection de Sissi n’a en rien ralentie et où l’équilibre entre révolution et contre révolution reste précaire, l’implosion de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, la « guerre » de Tsahal contre Gaza…il est évident que la région, fortement instable, fait actuellement l’objet de toutes les attentions.

Dans cette situation extrêmement tendue et incertaine, pour la défense de leurs intérêts propres, tous les « acteurs » jouent la partie en fonction des cartes qu’ils ont en main.

Les Etats-Unis, portant comme d’habitude Israël sur leur porte bagages, soutiennent inconditionnellement leur « fidèle allié » égyptien. De fait, par delà quelques rodomontades de principe après le coup militaire mené contre Morsi et son renversement, les contrats d’armements ont été aussitôt réactualisés, de même que les manœuvres militaires conjointes et les engagements financiers.

La France, pour ce qui la concerne, après la rencontre au sommet Obama-Hollande, s’étant vu attribuer toute la Partie Ouest et Nord du continent africain, s’acquitte de sa tâche au mieux. En effet, après la Libye, de la Côte d’Ivoire à la Centrafrique, du Mali au dispositif Berkhal (2) il est clair que, dans le dispositif militaire néo-colonial, mis en place pour toute la grande région, la France tient « parfaitement » son rang.

 

Les chiffonniers s’insinuent.

Si les « premiers rôles » sont déjà pris, il peut toujours y avoir concurrence pour les seconds et c’est exactement ce à quoi se livrent actuellement  l’Arabie Saoudite et le Qatar au Caire. Connaissant tous les deux la puissance des médias et notamment celle des télévisions pour l’avoir éprouvé avec Al Jazeera, c’est donc sur ce terrain, en attendant pire, qu’on voit désormais se jouer cette nouvelle étape de leur « guerre » d’influence.

On a ainsi assisté, au cours du mois de juin dernier, au Caire, à l’apparition d’un nouveau mouvement nommé Tammarod Qatar (rébellion au Qatar) dont l’objectif politique, à la fois flou et limité, serait « de mettre un terme à la corruption dans l’émirat ». (?)

Les conditions mêmes de la présentation de ce « mouvement » sentent le téléguidage. C’est, en effet, au siège même du syndicat de la presse que Khaled Al Heyl, chef proclamé du mouvement, qu’a été annoncée cette naissance, en présence de nombreux médias et d’opposants.

L’homme n’est pas, loin de là, un révolutionnaire. Ex animateur de la société  » Qatar pour les investissements et le développement », annonce tout de go, qu’il ne souhaite ni le renversement de la monarchie ni même son départ. Non, notre homme ne souhaite que faire avancer des réformes…Saura-t-on jamais lesquelles ? Pas encore. Mais, en tout état de cause, la dynastie peut continuer à dormir sur ses deux oreilles.

Et ce qu’on saura, en revanche, c’est le regard bienveillant, que Al Sissi semblera porter sur l’entreprise.

Toujours « Embêté » par l’appui ouvert, jamais démenti, apporté par le Qatar aux Frères Musulmans et par la chaine qatarie Al Jazeera, on comprend l’empressement des autorités égyptiennes auprès de Khaled Al Heyl.

Le contexte conflictuel entre le Qatar et l’Egypte, tout comme le soutien de l’Arabie Saoudite à l’Egypte, sont un secret de polichinelle. On ne saurait oublier, en effet, que le premier président islamiste d’Egypte, élu au terme d’élections démocratiques, fut finalement renversé, certes sous la pression populaire, par un classique coup d’état militaire, dirigé par…. Abdel Fattah Al Sissi.

Le match est indécis : Qatar avec les Frères contre Al Sissi avec l’armée !

Alors, en fin de compte, il est clair que l’apparition de ce « nouveau venu » sur la scène politique et médiatique, tombe à pic pour le nouveau président et ce n’est pas une surprise d’apprendre, par la bouche de Khaled Al Heyl lui-même, que son mouvement bénéficiera de toute la logistique du réseau Nile Sat, le plus puissant en Egypte et dans le monde arabe et africain du nord.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here