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Présidentielles françaises, un système en fin de cycle

Par Romuald Boko et Francois Charles

Alors que nombre de pays cherchent à se doter de nouvelles institutions “plus modernes”…”plus efficaces”…et lorgnent vers la France et son régime “présidentiel”, les citant bien souvent en “modèle”, les élections qui s’y déroulent actuellement montrent plutôt un essoufflement, voire une impasse démocratique, au fonctionnement de son dispositif.

Un régime exportable ?
Le régime présidentiel français, pour certains, comme le Président Erdogan vient tout récemment de le souligner à propos de la modification de sa propre constitution peut, en effet et à première vue, présenter de nombreux avantages à des pays jeunes, en recherche de stabilité politique.
Un régime présidentiel, quasi monarchique, pourrait bien sûr, présenter de multiples avantages à ceux qui pensent, par exemple, que le parlementarisme, par les “lourdeurs” qu’il entraine est un frein aux décisions politiques régaliennes, que les obstacles sont rop nombreux entre les ” choix” et les orientations, les prises de décisions et les mises en oeuvre…A voir et “attention danger!” disent de nombreux autres.
Sur le Continent aussi on voit ainsi naître de nombreuses tentations à cette présidentialisation des régimes actuels, mis en place, pour la plupart, au sortir des colonisations.
Ces tentations sont lourdes de danger et, on le voit malheureusement dans de trop nombreux endroits, porteuses de conflits ouverts. Les contradictions qui traversent actuellement l’ensemble du Continent sur ces interrogations posent la question centrale de la représentation politique des peuples et de la démocratie au sens large.
Les modèles existent-ils ? Peut-on importer, implanter, tel ou tel système politique comme nous y ont “fortement” incité les ex colonisateurs au moment des Indépendances ? La question reste posée à la fois du “modèle” et des héritages…

Une constitution dépassée
Le premier tour de l’élection présidentielle française a certainement sonné la fin du régime mis en place par le Général De Gaulle en 1958. En effet, cette constitution, dite plus communément “de 58”, est née, avant les Indépendances, juste avant mais avant tout de même et surtout en pleine guerre d’Algérie, conflit très dur qui avait conduit la France coloniale au bord de la guerre civile et provoqué insurrections militaires et tentatives de putsch aux plus hauts niveaux de l’armée.
Un contexte, on le voit, des plus tendus, à caractère tout à fait exceptionnel, qui contraindra le président de l’époque, devant la menace d’implosion du pays, d’en appeler au Salut National et finalement au général De Gaulle.
De Gaulle, depuis toujours, est un opposant déclaré au parlementarisme qu’il dénonce comme le régime des partis et de la paralysie. C’est donc tout naturellement que, profitant largement des extrêmes tensions ressenties par la population, “l’opinion publique”, il propose alors la fin du régime précédent, parlementaire, et l’instauration du régime présidentiel. A savoir, un président élu au suffrage universel, direct, et une majorité parlementaire forte. L’objectif était clairement de doter la France d’un Président aux pouvoirs très largement renforcés et d’une majorité parlementaire stable. Ces propositions, faites en temps de guerre, en situation de profonde instabilité politique, ont été alors largement soutenues par la populations et finalement adoptées. Ainsi était né le régime présidentiel français.

Obsolescence et fin programmée
Bon an mal an, ces institutions ont fonctionné jusqu’à aujourd’hui. Le talon d’Achille de tout le système, que d’aucuns, peu nombreux, avaient décelé dès le début, étant que, selon les propres mots du rédacteur Michel Debré : “Le président est la clef de voûte de notre régime parlementaire.” Enorme contradiction en fait et sujet potentiel pour grand oral de sortie de Sciences Po. Si le Président est la clef de voûte du régime parlementaire, qu’en est-il alors, en effet, du régime parlementaire en lui-même et par lui-même ? Les élections de 1965 avaient déjà signifié une première alerte. En effet, De Gaulle, mis en ballotage au premier tour et donc contraint de “rassembler” au second, était apparu totalement désemparé* tant son édifice était montré dans toute sa fragilité. Pour la fiabilité future de l’édifice, en effet, une “clef de voûte” doit être en place du premier coup !
Dans l’idée des concepteurs de la cinquième République, le “président clef de voûte”, 1965 l’avait clairement montré, ne peut pas se déchirer dans l’arène avec les autres. Il doit tenir sa légitimité “d’ailleurs”. Il doit être le résultat, selon les mots de De Gaulle lui-même, “de la rencontre entre un homme et un peuple!”. Dans l’absolu, pour que tout soit au meilleur niveau, il devrait même, être élu dès le premier tour. Qu’on se souvienne que, aux élections de 1965, De Gaulle ne veut pas “s’abaisser” et ne mène pas de campagne électorale de premier tour !
L’aspect “monarchique” de la constitution a été suffisamment débattu pour que les concepteurs lui gardent certains “oripeaux” de la démocratie comme, notamment, la nécessité des élections, inévitables, et les campagnes électorales qui les précèdent.
Cette fois ci, avec ces élections, c’est le projet de la constitution elle-même qui est définitivement mis à mal. En effet, non seulement aucun des candidats n’est élu au premier tour, mais pire, aucun ne s’approche d’un score “honorable”**. Autrement dit aucune “clef de voûte” ne peut prétendre à endosser le costume du Bonaparte, taillé sur mesure, dans des circonstances exceptionnelles par Michel Debré pour le général De Gaulle.
Dans l’architecture de cette constitution, dans sa philosophie, le président doit être adoubé directement par le peuple. Telle était la volonté initiale. Telle est toujours sa règle minimale de fonctionnement. Le Président, pour endosser quasiment tous les pouvoirs, et les exercer, doit être totalement légitimé par le peuple.
Le Président Hollande a, peut-être à son corps défendant, signé l’arrêt de mort de cette cinquième république. Utilisant les pouvoirs d’un Bonaparte qu’il n’était pas, il a tenté de gouverner à l’encontre de ses engagements électoraux, sans majorité parlementaire, il a utilisé la force contre son propre camp pour faire passer des lois rejetées par la majorité des français (65% contre la loi El Khomri et les lois Macron).
Le tout, chacun le sait, s’est terminé dans un énorme fiasco certes personnel mais surtout pour la cinquième république elle-même dont deux candidats, dans leur programme, réclamaient la fin et la convocation d’une constituante en vue d’une sixième république.
Dans l’intérêt de la démocratie, le retour à un régime parlementaire, fondement de la République, est plus que jamais à l’ordre du jour.

* Certains biographes décrivent un De Gaulle tellement surpris de ne pas être élu dès le premier tour qu”il envisageât un temps son retrait de la vie politique.
** Macron sera certainement élu au second tour mais sa victoire ne lui apportera pas la popularité, ni la légitimité, que la premier tour ne lui a pas donné (23%)

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