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Le Mali plongé dans la guerre !

Quand le Mali était le « bon élève »…

Jusqu’à très récemment encore, le Mali était toujours présenté aux opinions publiques, par les institutions internationales, comme le « bon élève de la classe ». On entendait souvent à son endroit, par exemple, qu’il était, dans le contexte africain, « un modèle » de démocratie ; un modèle de stabilité ; installé dans ses institutions, durablement… Pour preuve que son attachement à la démocratie était enraciné et durable, on soulignait qu’il l’était depuis des décennies. CQFD. Cette preuve, les récents évènements le montrent ô combien, n’avait pas hélas plus de pertinence que la preuve du pudding par le pudding (1). Derrière tous ces compliments policés, répétés à l’envi par les chancelleries occidentales, bien sûr, mais aussi et surtout par les grandes institutions internationales telles la Banque mondiale, le FMI, l’OMC…se cachait une toute autre réalité.

Certes, on pouvait dire que le pays, depuis le renversement en 1991 de Moussa Traoré et la remise du pouvoir aux civils par une Conférence Nationale souveraine, les présidences de d’Alpha Oumar Konaré et celle d’ATT (Amadou Toumani Traoré) constituaient une réelle continuité des institutions. Certes, dans une région secouée de coups militaires et de coups de force en tout genre, on pouvait dire aussi que deux décennies de longévité ne constituent pas un record notable ?

Cependant, ceux qui, à bon compte, donnaient le pays en exemple se souciaient peu de la réalité. Ils avaient davantage en perspective leurs propres intérêts à voir un Mali « tranquille » dans une région soumise à des gouvernements en proies aux chaos permanents que la vérité du terrain.

La situation géographique du Mali, au cœur d’une région dont chacun sait qu’elle regorge de ressources énergétiques en tout genre, les richesses mêmes du Mali, actuelles et potentielles, ajoutées à la docilité des dirigeants successifs vis-à-vis des puissances tutélaires faisaient ainsi se lever un cœur de louanges et fermer les yeux sur la vie réelle du pays.

Comme le sont aujourd’hui les pays européens, le Mali comme la plupart des pays d’Afrique, était tombé dans les griffes de la Banque Mondiale et de son gendarme FMI. Europe et Afrique, à chacun son piège.

S’agissant de l’Afrique, ce piège, très sophistiqué, s’est mis en place dès la fin des années 1970 lorsque les banques internationales, se sont trouvées submergées d’une manne nouvelle, quasiment inattendue, en provenance du Golfe. En effet, suite au choc pétrolier de 1973 qui avait vu les prix du pétrole s’envoler, les banques ont vu affluer, pour la plupart en provenance des monarchies arabes, ces dollars baptisés alors « pétrodollars », qu’elles se sont empressées de faire « travailler » comme elles disent. Ce furent alors les débuts d’une période maudite pour l’Afrique qui la vit plonger dans un cauchemar dont elle ne peut se sortir encore aujourd’hui : Son nom est la dette ! Sous couvert de la fameuse « aide internationale », le cycle infernal de la Dette était né.

Ces pétrodollars leur brûlant les doigts, les Banques ont commencé à les prêter généreusement à des gouvernements peu informés, peu regardants, peu scrupuleux. Les banques ne regardant pas elles-mêmes où allaient les sommes, l’argent coulant à flots, l’Afrique est alors devenue une énorme machine à laver d’où, avec la complicité d’élites corrompues, les sommes « prêtées » revenaient, plus-value inclue, dans les pays d’origine, soit par transactions commerciales directes, soit par contrats de grands travaux, soit même directement….soit, encore plus maffieusement, par valises remplies de billets ! (2) On imagine sans peine, bien sûr, que pas un seul cent de cet immense trafic ne profite alors aux populations dites sans honte « récipiendaires ».

Chassés, renversés, éliminés, remplacés… les potentats passent mais les dettes demeurent et, quand les banquiers frappent à la porte, où que soit passé l’argent, quels que soient les sommes extravagantes déjà versées, au service de la Dette (3), il faut payer !

A ce moment du processus, sur le pays visé, les mâchoires du piège sont refermées : Pour sortir du surendettement, il faut rembourser, pour rembourser il faut trouver des ressources. Mais où ? Mais comment ? Arrive alors le policier FMI, ses recettes et son bâton PAS (plan d’ajustement structurel) : privatisation et libéralisation totales deviennent alors les deux mamelles du service de la Dette. C’est à ce régime d’amaigrissement drastique qu’a été soumis le Mali dès les années quatre-vingt-dix et c’est ce régime qui, immédiatement, a totalement sapé les faibles fondations d’un état déjà fragile. On a coutume de souligner qu’un état qui n’a plus de services publics n’est plus un état. Eh bien, au Mali, comme partout ailleurs en Afrique, cette évidence s’est vérifiée. A ce jeu de poker menteur, le « bon élève » de la Banque Mondiale s’est avéré, en fait, n’être que la marionnette du tricheur FMI.

Si le Mali, pris entre le marteau de la dette, de la Banque Mondiale, du FMI et l’enclume postcoloniale du Franc CFA, était déjà au plan économique un malade totalement moribond, il n’en allait pas beaucoup mieux au plan politique. En effet, comment les distributeurs de bons points pouvaient passer sous silence, le délitement de ses institutions, la corruption dévorante de ses élites, l’éclatement et l’affaiblissement de ses forces armées ainsi que les problèmes récurrents posés par la situation faite aux populations du nord. Les groupes touareg notamment qui n’ont jamais abandonné leur volonté de faire valoir leurs droits sur les régions du nord et se sont, à de nombreuses reprises, soulevés militairement depuis la grande rébellion de 1963.

Par ailleurs, les groupes qu’on appelle aujourd’hui « terroristes », nébuleuse se réclamant d’un islamisme radical à la fois et pratiquant indifféremment prises d’otages et trafics de toute sorte, sont déjà très bien implantés au nord du Mali depuis les années 1990/2000, à l’exemple du GSPC (d’origine algérienne) rebaptisé AQMI en 2007.

C’est ce cadre général d’affaissement généralisé de l’état et de ses institutions, encore accentué par le coup d’état du 22 mars, qui a présidé à la déconfiture de l’armée malienne dès qu’elle fut confrontée aux attaques du MNLA.

 

La France, pompier ou pyromane ?

Lorsque, en mars 2011, la France, pour le compte de l’OTAN et en accord total avec les USA, menait la guerre en Libye pour faire tomber Kadhafi, de nombreuses voix, dans la sous-région sahélienne, en Afrique et en France même, se sont élevées pour souligner les dangers d’une telle opération. Cette guerre, dont beaucoup ont dit qu’elle sentait fort le pétrole, a été déclenchée et menée jusqu’au bout, sans aucune attention aux conséquences collatérales pour la région. Non seulement il y avait fort à craindre que les armes libyennes se dispersent au rythme de la dispersion de l’armée libyenne elle-même mais plus grave encore, qu’adviendrait-il des armes que les états occidentaux ont, durant les événements, livré aux « rebelles » en quantités considérables. Ce qui devait arriver arriva et, une fois Kadhafi exécuté, commencèrent immédiatement les convois de pick-up. Destination Nord Mali. (3)

Soyons clairs, au delà de toute considération d’ordre géopolitique, l’intervention violente menée contre Kadhafi en Libye équivalait, du point de vue tactique, pour toute la sous-région, à un grand coup de pied dans un nid de guêpes. En cela la responsabilité de l’OTAN est totale et derrière elle, celle de la France.

Lors de leur pérégrination à travers le Niger, l’Algérie, le Sahel…ces groupes armés n’ont rencontré aucun obstacle d’aucune sorte, même pas à la frontière du Mali ! Tout se passait comme si leur « retour » au Mali était inscrit dans l’ordre des choses. Etonnant ! Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour comprendre ce qui allait découler de cette situation.

La diplomatie française, elle, sans doute grâce aux grandes oreilles de sa françafrique, parfaitement informée, s’évertuait alors à tisser un filet de protection de ses intérêts en prévision de l’inévitable déstabilisation de la zone. C’est alors que, curieusement, elle lance un pont en direction d’un groupe armé touareg, le MNA qui deviendra rapidement le MNLA qu’on connaît aujourd’hui. A bien y regarder, à ce moment précis, la France semble, elle aussi, telle le pompier pyromane, gagnée par la panique : « Sur qui compter, pour sauver nos meubles ? ». Les médias français présentent alors le MNLA comme un « ami » de la France, c’est alors que des représentants de ce groupe viennent s’exprimer sur les chaînes de télévision, c’est alors que les parlementaires reçoivent un membre du groupe et enfin, cerise sur le gâteau, c’est alors qu’Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères, en visite à Bamako, en appelle « au dialogue avec le MNLA et à la tenue de l’élection présidentielle dans les délais prévus…». Après avoir fait front commun avec les groupes islamistes armés Ansar Dine et Mujao pour la conquête du nord, le MNLA a, depuis l’intervention française, retourné encore sont point de vue, se disant même prêt à « combattre aux côtés de l’armée française ». Le problème pour la diplomatie française, qui ne rechignerait pas à en faire un partenaire si elle le jugeait militairement capable de maintenir le nord en « paix », c’est l’opinion publique malienne qui considère que c’est le MNLA qui, en ouvrant grand les portes du Mali aux groupes armés, a fait entrer les loups dans la bergerie et ainsi créé le chaos.

 

Des intérêts économiques très clairs

Lorsque le président François Hollande déclare le 16 janvier que la France n’a aucun intérêt économique au Mali, de deux choses l’une : ou bien on l’a mal informé, ce qui serait surprenant…ou bien il ment, ce qui, à l’analyse des réalités, est avéré.

Le Mali, lui-même est le second producteur d’or de la planète. Par ailleurs, s’il n’est pas encore totalement exploité, on sait que le sous-sol malien regorge de minerai, de gaz et de pétrole. Le groupe Total, en lien avec la sonatrach algérienne sont depuis longtemps, ensemble, sur la prospection (5).

Mais au delà des richesses directement exploitables, c’est de tout l’arc sahélien dont il s’agit et de la position stratégique occupée par le Mali. Au moment des indépendances, la France désireuse de s’affranchir par le nucléaire, a su imposer à ses anciennes colonies des contrats léonins. Et tout spécialement au Niger. C’est ainsi que depuis 1969, grâce à des accords signés en 1961, elle est autorisée à exploiter seule, l’uranium nigérien qu’elle paie à un taux dérisoire (AREVA). On peut dire sans erreur que la fameuse « indépendance énergétique de la France », n’est pas due, comme elle le prétend, à ses seules centrales nucléaires, mais avant tout, au pillage de l’uranium nigérien qui les alimente ; Bien sûr de ceci, à l’instar du président Hollande, nul ne souffle jamais mot.

Voyons ce que peut en dire Frederick William Engdahl, expert économique de la mondialisation (6) : « Derrière l’intervention française au Mali, il y a en fait la main très puissante du Pentagone américain qui s’est préparé à une partition du mali , ce qui s’est de fait passé entre le nord et le sud (…) Parce que d’importants gisements de pétrole ont été récemment découverts dans le nord (…) Il est très pratique de ce point de vue d’avoir ces rebelles armés débordant l’an dernier de la frontière libyenne dans le nord du Mali au moment même où un capitaine de l’armée malienne, entrainé aux Etats-Unis opérait un coup d’état au Sud (…) Toute cette entreprise porte la marque du commandement américain en Afrique (AFRICOM) et n’est rien moins qu’une tentative de militarisation de toute la région et de ses ressources naturelles. Le mali est ici une tête de pont pour cela (…) La France joue ici le rôle de petit cadet associé.

Le couloir sahélien, initialement absent des écrans radar des occidentaux, est devenu un espace convoité parce qu’il regorge de ressources naturelles»

Autrement dit, le Mali pour n’être qu’un partenaire « marginal » de la France est un domino stratégique pour les grands groupes internationaux qui s’activent autour des ressources pétrolières et minières de toute la région.

« La chasse aux matières premières bat son plein dans ce pré carré traditionnel des européens et des américains » note un grand hebdomadaire français qui dresse la liste des ressources convoitées : Uranium, or et métaux rares, fer, phosphate… auxquelles il convient d’ajouter bien sûr, le pétrole et le gaz. (7)

Quand on sait, en outre, que la France (AREVA) s’apprête à ouvrir un nouveau site minier à Imarouren au Niger, site pour lequel elle a déjà investi un milliard d’Euros et qu’on a vu l’armée française se déployer…au Niger, pour y sécuriser, comme par hasard, les sites d’AREVA, on comprend mal comment monsieur François Hollande peut avoir le front d’affirmer dans son allocution du 21 janvier dernier : « La France n’a pas d’intérêts économiques… »

 

Une population dans l’étau

Le jeudi 7 février, suite à un accrochage entre les forces françaises et des groupes armés dans la région de Gao, Jean Yves le Drian, ministre français de la défense déclare : « Il y a eu des tirs de lance-roquettes de groupes islamistes résiduels dans la région de Gao. Il y a une vraie guerre. » ; Une vraie guerre ? Bigre ! On est déjà bien loin des déclarations d’intention du début de l’opération qui devait se limiter, nous disait-on, à stopper deux colonnes de véhicules Pick-up se dirigeant vers la ville de Mopti.

Désormais, les opérations militaires, ne sont plus circonscrites au sud mais sont dirigées vers le nord, le gouvernement français parle maintenant de déployer plus de trois mille hommes et nous signale au passage que ces opérations coûtent, au bas mot, plus de 2 millions d’euros par jour. Entre parenthèses, ces dépenses engagées couvrent dèjà quasiment, l’aide annuelle au développement que la France dédie annuellement au … Mali ! De nombreuses voix s’élèvent en France pour rappeler au gouvernement que ces sommes pharaoniques, consacrées aujourd’hui à la guerre, étaient soit disant introuvables pour satisfaire les besoins sociaux des français, il y a encore quelques jours. Comme c’est bizarre…

Et puis, sans doute pour cause de présence d’AREVA, de Bouygues, de Total, de Bolloré et consorts sur le terrain, même le MEDEF (groupement du patronat français) toujours si sourcilleux des dépenses de l’état, ne trouve rien à redire à ces dépenses-là. Le consensus paraît presque parfait. Pour l’instant…

Clairement, comme d’habitude en cas de guerre, pas plus le peuple français que le peuple malien n’ont d’intérêt dans ce chaos. Depuis le début de la guerre, les dérapages se sont multipliés. Au fur et à mesure de l’avance de l’armée française, des exactions de type ethnique se multiplient. En effet, les populations arabes et touaregs, considérées comme complices des groupes armés, sont discriminées, persécutées et même tuées comme à Sévaré où des dizaines de personnes, sommairement exécutées ont été jetées dans un puits sous les yeux de la population. Curieusement, aucun des militaires sur place, ni français ni malien « n’ont rien vu ». Ceci est très grave et relève peut-être d’une stratégie qui conduirait à se faire opposer les communautés entre elles, vérifiant par là même les accusations contre l’AFRICOM qui verrait d’un bon œil, une partition nord-sud, comme celle organisée au Soudan.

Le Mali, ainsi que nous l’indiquions dans le précédent numéro de « l’Autre Afrique » doit rester indivisible et son avenir l’affaire des maliens eux-mêmes. Evidemment, couvert à présent par le vacarme des armes et aussi utopique que ce discours puisse paraître aujourd’hui, on doit continuer à dire, pour des populations coincées entre les mafias et les groupes armés d’un côté et une élite « enrôlée » par la puissance tutélaire qu’est demeurée la France, sans parler de l’influence grandissante des USA qui, par AFRICOM interposée, battent les cartes en sous-main, qu’il est possible de sortir de cet enfer.

Attachés au panafricanisme, au sens où « ensemble nous serons plus forts », nous continuons, à « l’Autre Afrique » à soutenir que le Mali, pays africain, devrait être soutenu par une solidarité africaine qui ne se bornerait pas à se ranger aux côtés de ceux qui n’ont, dans cette guerre, qu’à y défendre des intérêts d’ordre économique.

Le rôle d’une véritable Unité Africaine se devrait de passer par une vraie mobilisation politique, économique, et pourquoi pas militaire, qui aille dans le sens de la consolidation du pays, dans son intégrité territoriale et son indépendance politique où chacun, quelque soit son origine ou sa religion trouve sa place de malien à part entière.

 

François Charles le vendredi 8 février 2012

A Propos Axel KOKOYE

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