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Alors qu’éclate (enfin!) l’affaire Bolloré, révélateur parfait de la prédation à laquelle se livrent les multinationales occidentales à l »encontre du Continent;
A l’heure où les conséquences des plans d’ajustement structurels imposés à l’Afrique par les institutions internationales, FMI et Banque Mondiale soutenues par l’UE, se comptent en régression massive de l’espérance de vie, en disparition du service public de l’enseignement et en privatisation totale de la santé;
Alors que, pour fuir la misère les réfugiés africains subsahariens, esclavagés, rançonnés, s’entassent sur des embarcations d’un autre âge, disqualifiées et risquent leur vie, jour après jour en direction de l’Europe;
La France choisit de renforcer son arsenal juridique et policier à l’encontre des migrants, autrement dit à l’encontre des africains.

« Asile-immigration »…Une loi bien mal nommée.
Les gouvernements se succèdent les uns aux autres et, de droite comme de gauche, le double discours ne change pas à l’encontre des migrants en général et spécifiquement contre les populations d’Afrique subsaharienne.
En effet, à peine élus, perpétuant en cela leur héritage gaulliste et la « théorie » du pré-carré, les Sarkozy, Hollande, Macron… font tous le « voyage africain », qui à Cheikh Anta Diop, qui à Ouaga…au cours duquel chacun, à chaque fois, s’y déclare le meilleur « ami de l’Afrique ».
Passons sur les élucubrations grotesques de Sarkozy considérant que, de son point de vue, « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».
Passons aussi sur les « blagues » condescendantes de Macron à Ouaga à l’encontre des jeunes étudiants présents à son interview et carrément désobligeantes à l’encontre du président Burkinabé lui-même…
Passons donc sur ces comportements et déclarations qui en disent long sur l’idée que se font les responsables occidentaux de leurs anciennes colonies, sachant tout de même que les africains, eux, ne les passeront jamais par pertes et profits.
S’agissant donc du président Macron « meilleur ami » de l’Afrique, à l’instar de ses prédécesseurs Chirac, Sarkozy et Hollande, avec ce projet de loi « Asile-immigration », sous couvert d’humanisation (« mieux accueillir les réfugiés »), il durcit encore les lois contre les réfugiés. Une « humanisation » tellement patente qu’elle est soutenue par…l’extrême droite raciste !
Côté jardin, le ministre Collomb, le gouvernement, disent bien qu’il s’agit d’un nouvel arsenal qui « permettra de mieux accueillir les migrants ». Pourtant, à bien regarder le côte cour, quand il s’agit de faire passer de 120 à 90 jours le délai pour déposer les dossiers, remettant en cause le droit du migrant à constituer un dossier complet et argumenté, on est immédiatement très loin d’une « amélioration ».
De plus, la demande doit désormais être déposée en ligne et, étant entendu que par définition les migrants ne maîtrisent ni la langue ni ne comprennent les démarches à enclencher, que, de plus, nombre d’entre eux vivent soit dans la rue, soit dans des conditions extrêmement précaires, très peu d’entre eux ont accès à l’internet.

Une « rigueur » légale synonyme de violence
On doit savoir également que désormais, un migrant qui verra son dossier refusé par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) pour une raison quelconque ou pour avoir été « hors délai », n’aura plus que 15 jours au lieu d’un mois précédemment, pour déposer son recours.
Par ailleurs, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile) qui pouvait bénéficier de 6 mois pour répondre à une demande de recours de ce type n’aura plus, pour le faire, quand à elle, qu’un délai de deux mois.
Les enfants eux-mêmes ne sont pas épargnés. En effet, les mesures de détention et d’expulsion sont, à compter du projet de loi, élargies aux enfants : « Les mineurs seront placés avec leur famille….c’est dans l’intérêt des familles et ça nous permet d’exercer le renvoi dans leur pays ».(France télévision 24/04/2018) Se doter d’une loi qui…permettra, après leur internement, le renvoi des enfants dans leur pays ! Clair.
Enfin, cerise sur le gâteau de l’arsenal répressif, le réfugié qui s’opposera à son expulsion ou qui verrait son « retour » empêché par son pays d’origine ou des pays de transit, se verra immédiatement interné en centre de rétention administrative jusqu’à « règlement du litige ».
La cas de Moussa, jeune homme vivant dans la ville de Nîmes, parfaitement intégré, dont le compagnon a été brûlé vif pour être homosexuel, lui-même menacé de mort en cas de retour au pays d’origine, son dossier ayant été refusé, est aujourd’hui en camp de rétention et en voie d’expulsion.
Cette situation dramatique, particulière mais tout à fait révélatrice, a suscité un grand émoi et un fort élan de solidarité au sein de la population nîmoise et au delà.
S’ajoutant à la politique de refoulement déjà pratiquée auparavant, la mise en place de toutes ces « difficultés » supplémentaires, insurmontables pour certaines, n’aura pour effet que de pouvoir refouler les migrants dès leur arrivée sur le sol français.
C’est exactement ce qu’exprime le secrétaire général du syndicat indépendant des personnels du Conseil d’Etat et de la CNDA lorsqu’il déclare : « Un dossier c’est un homme, une femme, ce n’est pas un numéro. Nous ne sommes pas des gestionnaires du flux. On est là pour écouter des récits de souffrance et dire si cela relève du droit d’asile ».

Encore et toujours « l’immigration choisie »
Cette loi, considérée comme « scélérate » par nombre de défenseurs des droits de l’homme s’inscrit dans la droite ligne de l’idée développée et mise en place par Sarkozy et son conseiller Guéno (Illustre auteur du « discours de Dakar »).
En effet, ce dernier volet permet de trier les migrants en fonction de leurs savoirs, de leurs compétences…en fonction, en réalité, des besoins de l’Etat et, surtout, en fonction des besoins de ses entreprises, grandes et petites, sur l’échiquier économique mondial.
Après que, en Libye, ces migrants aient été déjà maltraités, stockés, déjà triés, esclavagés pour certains et qu’ile parviennent en Europe au risque de leur vie, les voilà, par ces trains de lois, soumis à un nouveau tri.
Appeler un chat un chat c’est aussi dire que dans cette configuration, nous avons bel et bien, affaire à une nouvelle traite d’êtres humains.
Les protestations sont grandissantes en France. Ainsi voit-on le GISTI (groupe de soutien aux travailleurs immigrés) déclarer que cette loi est une loi qui n’a pour objet « que de punir les étrangers ». Ainsi voit-on le syndicat des avocats de France (SAF) affirmer que cette loi est  » Une marche arrière toute!… » on voit le syndicat de la Magistrature s’opposer à cette loi « qui ressemble à une justice d’abattage, à la chaîne… » jusqu’à la Croix Rouge de France qui dénonce un « piétinement du droit d’asile ».
Eu égard à l’ampleur de indignation soulevée, il y a fort à parier que cette loi sera fortement combattue jusqu’en juin, date de fin prévue des débats.

Des protestations venues d’Afrique ?
A l’heure où Bolloré est appelé, devant la justice française, à répondre de ses malversations politico-financières visant à l’accaparement malhonnête des ports et voies de transport dans toute l’Afrique de l’Ouest.
A l’heure où, accumulant des milliards de profits sur le sol africain, les responsabilités des consortiums internationaux sont devenues un secret de polichinelle.
A l’heure où, du monde entier s’élèvent les voix des peuples pour dénoncer ces guerres, ces conflits, ces entreprises de déstabilisations permanentes…fomentés par les pays les plus riches dans les pays les plus pauvres, pour le seul intérêt économique des premiers.
A l’heure où de la Guinée au Togo, entre autres, nous parviennent les scénarios d’une corruption magistrale des chefs d’état africains par les plus grandes entreprises prédatrices, ne nous vient de ces « élites » africaines, contre les lois anti-migrants concoctées en France par Macron qu’un silence assourdissant !
Corruption massive et silence de mort…sans doute que, cette fois encore, ceci explique cela.

Par François Charles

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