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Hommage au Professeur Fulbert Géro AMOUSSOUGA Par Komi KOUTCHE

C’est donc effectif que mon Professeur s’en est définitivement allé ! Depuis environ deux semaines que cette information circule, je me refuse d’y croire un seul instant. Loin de la terre natale où ma présence aurait pu permettre de courir, à l’instar de Saint Thomas, voir de ses proches pour me persuader de la véracité ou non de cette information, je m’efforçais à me créer seul un univers virtuel dans lequel j’imaginais le Professeur AMOUSSOUGA encore en vie et que les informations relayées relevaient soit du rêve d’un sommeil profond dans lequel je serais, soit d’un poisson d’avril.

Mais hélas, les jours passent et rien de contraire ne me parvient. Ce matin, je reçois dans ma boite aux lettres un faire-part et le message d’un ami m’annonçant une messe pour ce même jour, 14 juillet 2017 et l’inhumation demain de qui ? du Professeur AMOUSSOUGA. Je finis par me convaincre qu’il ne s’agit ni d’un rêve ni d’un poisson d’avril mais bel et bien d’une réalité à laquelle je dois me faire. Je me rends compte que je suis en juillet et qu’il ne saurait s’agir d’ailleurs d’un poisson d’avril. Quelle lourde perte pour la Nation béninoise toute entière ? une valeur s’en est allée ! Mes années de souvenir de l’université Qui de ma génération ayant pris, comme moi par l’Université Nationale du Bénin et plus tard Université d’Abomey-Calavi vers la fin des années 90 et le début des années 2000 et plus particulièrement par la Faculté des Sciences juridiques, économiques et politique transformée plus tard en FASEG et FADESP, ne se souviendra pas de l’homme ? Les souvenirs qui retentissent encore dans ma tête sont ceux de mon cours d’économie monétaire.

Assister à un cours animé par le professeur lui-même à la suite du laborieux travail abattu par ses valeureux assistants, était presqu’un rêve de tout étudiant à l’époque. Les présences du professeur étaient plus qu’un événement à chaque fois. Personne n’aimait se faire compter l’événement. Je me souviens encore de l’enthousiasme de mes responsables d’amphi a l’époque, Casimir KANANKIN et ses deux coéquipiers Elie MEVO GUEZO et Marc TAMADAHO, qui se bousculaient pour être chacun le premier à apporter la grande nouvelle de l’arrivée prochaine du professeur au cours. Des affiches étaient faites pour l’annoncer. Ceux parmi nous qui profitaient de quelques petites occasions pour aller se ravitailler au village étaient informés par les premiers moyens par leurs proches et revenaient illico presto pour ne pas rater l’évènement. Quand vient le grand jour, l’amphi est plein à craquer. Même les étudiants d’autres facultés s’infiltraient pour vivre en live le cours d’un économiste hors pair. Oui. Le professeur Géro en était un des plus rares. Il traduisait dans un langage accessible à tous et propres à lui, teinté d’humour, d’anecdotes et de cas pratiques tirés de notre société, les grandes théories de Raymond BARRE, de Friedman, de John Meynard KEYNES et j’en passe, que le fils de paysan venu de Bantè que je suis avait besoin de réciter deux fois « notre père qui est au cieux » pour comprendre, si je devrais aller faire les recherches à la bibliothèque. Comment oublier ses expressions fétiches : sélection adverse, asymétrie d’information, optimisation sous contrainte et sa célèbre théorie sur la gratuité et le gaspillage, avec lesquelles il nous tenait en haleine dans un silence qui fait peur même aux mouches ? Personnellement, sa réputation m’a inspiré à m’inscrire en sciences économiques en plus du mot « politique » que j’avais à l’époque retrouvé dans le sigle de la faculté. Et nos chemins se croisent encore au Gouvernement ! Comme s’il avait décidé de suivre la graine qu’il a plantée à l’Université, me voici encore au gouvernement avec mon professeur. Que d’humilité impossible à imaginer de lui quand on l’apprécie de loin ! A la salle du Conseil des Ministres, le Professeur était souvent assis presqu’en face de moi. Pour me parler ou me demander la moindre chose, il se déplaçait vers moi. Ayant constaté ceci une fois, deux fois, je l’ai approché et lui ai demandé de me faire juste la main chaque fois qu’il aura besoin de quelque chose de moi pour que je me déplace plutôt vers lui.

Il m’a répondu : « Mr le Ministre, ici nous sommes collègues. Ce n’est plus l’Université. C’est à moi de me déplacer vers toi si j’ai besoin de toi ». Et à moi de lui dire : « la prochaine fois que je constaterai que vous venez vers moi pour demander quelque chose, je me mettrai à courir dans la salle du Conseil ». Là, il s’était mis a rire. Autre acte de grande humilité de mon professeur que je retiens de lui quoique m’ayant mis mal à l’aise, c’est quand lui et moi avions effectué une mission à Londres en novembre 2015. Arrivés d’abord à l’hôtel, puisque nous étions hébergés, par les organisateurs de l’évènement pour lequel nous étions allés, il y avait une suite et une chambre standard. Le professeur m’oblige à rester dans la suite mal

A Propos adminrb

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