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A l’initiative de la secte, jour après jour, les attentats odieux se succèdent et martyrisent régulièrement le Nigéria. Pour bien soigner sa « comm » et son image, Boko Haram affectionne les actions les plus inattendues, pas les plus efficaces, non, mais les pires du point de vue la morale commune, autrement dit les plus spectaculaires : attentats meurtriers à la sortie des églises, bombes dans les mosquées déclarées « non conformes », attaques d’écoles pour en chasser les filles, bombes dans des maquis (cafés bar) retransmettant les matchs de foot du Mondial….
Il en aura été particulièrement ainsi, point par point, dans la sinistre affaire des jeunes filles enlevées à leur école au prétexte que, selon leurs croyances « les filles ne doivent pas apprendre »*.

Abubakar Shekau, le chef de guerre à la tête du groupe armé, savait pertinemment l’effet qu’un tel acte produirait à la fois sur la population nigériane, terrorisée, mais aussi, et surtout, sur l’opinion internationale, quand bien même reste vague, cette notion.
Ajoutant le « la mise en scène » à l’horreur, se filmant lui-même sur vidéo, Shekau menace d’abord de tuer les filles, dans un second temps de les marier de force puis enfin, de les vendre comme esclaves, augmentant le niveau de la répulsion à son encontre , augmente aussi dans le même temps, sa popularité.
Aussi insensé que cela puisse paraître, Abubakar Shekau, dans un pays totalement désorganisé, sans autorité centrale et face à une présidence affaiblie qu’il défie tous les jours, cherche à se positionner en recours politique.

Recours ou marionnette ?
Entre poussée du mécontentement intérieur et enjeux internationaux, nombreux sont ceux qui, directement intéressés à la production pétrolière nigériane, voudraient bien voir le pays rester « tel quel », éviter les remous d’importance..
Or, la mobilisation massive autour de l’enlèvement des filles a montré, une fois encore, que la population nigériane n’est ni dupe, ni passive. Cette protestation, comme l’indique clairement son intitulé, « ramenez nos filles » (bring back ours girls), s’adressait directement aux autorités centrales. En ce sens, sans illusion, elle montrait que les nigérians savent parfaitement l’impuissance, ou la mauvaise volonté (?), des forces de sécurité, police et armée, à contrecarrer les agissements de Boko Haram.
Pour les nigérians, l’incapacité des autorités à mettre un terme aux activités du groupe terroriste, démontre, au premier chef, le haut niveau de corruption qui mine toutes les institutions, ou ce qu’il en reste. Une corruption qui fait aussi, depuis des années, que le niveau de vie des nigérians, dans un pays qui regorge de pétrole, est un des plus bas de la sous-région.
En réalité, le pillage des fonds soit disant consacrés à la lutte contre Boko Haram (25% du budget national !) , s’évapore à une telle vitesse sur le chemin qui mène du sommet à la base, que les militaires ne voient généralement pas la couleur de leur solde; que leurs équipements sont pour la plupart obsolètes et le plus souvent hors d’usage…Bref, que l’argent n’arrive même pas.
Pire encore, leurs manques de moyens sont tels que leurs véhicules, lorsqu’ils sont en état de marche, sont cloués sur place faute de….carburant !
On trouve donc, dans cet immense pays, riche de ressources, face à face les deux incuries les plus totales, l’une idéologiquement dévoyée et l’autre, sans morale, vermoulue jusqu’à l’os. Les populations nigérianes au milieu.

Entre marteau et enclume
Attentats après attentats, les nigrians n’ont plus aucune confiance en leurs élites. De fait, après l’attaque contre le pensionnat de Chibok, l’organisation non gouvernementale « Amnesty International » avait révélé savoir, de source sûre, que les autorités militaires avait été informées et qu’elles avaient…laissé faire.
Accusation gravissime sil en est mais qui, ici, n’aura surpris personne tant sont grands les reproches à l’encontre des Forces armées.
Lorsqu’on dit: « Boko Haram a infiltré les Forces armées », à constater certains comportements de militaires contre les civils, ne peut on pas poser autrement la question et se demander si : des secteurs de l’armée ne sont-ils pas passés du côté de Boko Haram ?
Les violences des Forces armées contre les civils, qu’ils soient musulmans ou chrétiens ou encore animistes… sont en effet monnaie courante et les nigérians en sont désormais arrivés à se protéger autant des actions de la police et de l’armée que de celles menées par Boko Haram. **
Toutes les institutions du pays sont noyées dans un des plus gros système de corruption jamais connu. Il s’agit de détournement de milliards et de milliards de dollars qui sont engloutis par les oligarques locaux, mais aussi par la hiérarchie militaire, qui, de ce fait, n’a aucun intérêt au rétablissement d’un calme indispensable aux populations.
Au contraire même, très utile, Boko Haram !
Détournements, fortunes gigantesques, corruption partout…ainsi, pour le seul profit de quelques uns, l’enfer pour tous tous continue dans le pire des mondes.

La main des concurrents ?
Sur les finaces de Boko Haram, beaucoup de questions ont été posées, toujours restées sans réponse.
Logistique, approvisionnement, organisation…comment vit cette armée ? Comment et par qui est-elle équipée ?
Boko Haram existe depuis plusieurs années, rétribue ses troupes, recrute, se développe et gagne des territoires. Boko Haram, possède un matériel militaire parfaitement opérationnel, des véhicules en bon état, des moyens de communication performants…
Sachant que rien de bon n’a été « récupéré sur l’ennemi », et pour cause, nul besoin d’être un grand expert militaire pour savoir que, dans cette affaire, sont en jeu des fonds considérables.
La question est donc : qui finance Boko Haram ?
Ne peuvent s’engager dans une telle opération que ceux qui auraient, à la fois de gros moyens financiers et des intérêts majeurs;
On sait comment, lorsque le Venezuela, à part de l’OPEP, décidait de faire cavalier seul, le marché s’était durablement désorganisé. On sait aussi à quel point dans le domaine religieux, politique, mais aussi, bien sûr et surtout même, dans le domaine économique, les monarchies sont conservatrices.
Une fois aurait donc suffit à échauder le chat et, la prévention étant la meilleure des sûretés, une bonne épine Boko Haram dans le pied du Nigéria, aurait ainsi un résultat positif à double détente : Une déstabilisation le conduisant à l’impuissance d’une part et un bon exemple pour d’autres, d’autre part.
Par Jean Gabriel Assou.

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