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A huit (08) mois des élections législatives attendues pour dessiner la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale, Patrice TALON et  ses soutiens affûtent les armes ; et c’est à peine s’ils ne donnent pas l’impression d’avancer en conquérants sans résistance, contraignant les uns à l’exil, faisant emprisonner d’autres, révoquant et destituant des maires non alignés, soumettant toutes les institutions, légiférant massivement à toute vitesse au profit de  leurs intérêts et contre les éventuels concurrents, et enfin s’assurant l’assujettissement servile de la quasi-totalité de la presse.

Face à ce déploiement d’arsenal, l’opposition patine, entre de timides initiatives de rassemblement et quelques démarches solitaires qui du moins, pour le moment, sont loin de laisser entrevoir la naissance d’une machine forte, puissante, capable de mettre en déroute cet adversaire « fou » et intrépide, maître de la renarderie, des coups de force, et parfait disciple de Machiavel.

Entre les anciens présidents Boni YAYI et Nicéphore SOGLO, les aspirants connus à la magistrature suprême Sébastien AJAVON et komi KOUTCHE, et enfin l’imprévisible trublion candide AZANNAI et son ancien rival à Cotonou, le maire révoqué Léhady SOGLO, qui pour prendre le leadership d’une opposition organisée, forte, unifiée, pour faire pièce à l’œuvre d’un pouvoir adepte du passage en force et de la brutalité ?

L’OPTION DES ANCIENS PRESIDENTS

On tenait Boni YAYI pour fini. Politiquement fini ; après deux quinquennats à la tête de l’Etat. L’infructueuse tentative de faire élire son improbable dauphin Lionel ZINSOU, au moyen d’une alliance politique imbattable sur papier, a semblé mettre définitivement fin à dix (10) années de domination de la classe politique par les FCBE ; à telle enseigne qu’un infortuné ministre du Nouveau Départ, s’était permis de le traiter de « vil individu ».

Le Congrès des FCBE en février dernier à Parakou aura révélé à quel point cet homme avait pu remonter sa cote de popularité, sans doute en raison des nombreux espoirs déçus par son successeur, dont le bilan concret reste inexistant, sinon sous la forme de jolies maquettes, de nombreuses mesures antisociales,  une tentative évidente d’installer un empire clanique, et l’instauration d’un Etat de terreur et de non droit.

Aujourd’hui, Boni YAYI semble être retourné en état de grâce, partout dans le pays. Une situation qui fait de lui, un probable leader de l’opposition, pour rassembler ses compatriotes et favoriser l’alternance, même si lui-même, en personne, est forclos par la constitution du pays qui interdit en son article 44, toute possibilité d’exercer plus de deux mandats.

Et cela devient plutôt un atout, qu’il partage d’ailleurs avec l’ancien président Nicéphore SOGLO, forclos, lui, depuis, par la condition d’âge.

Boni YAYI, ou Nicéphore SOGLO pour prendre le leadership de l’opposition ?

Père et prédécesseur de l’ancien maire de Cotonou, Léhady Vinagnon SOGLO, révoqué par le pouvoir en place, l’ancien président Nicéphore SOGLO reste une icône nationale, voire internationale ; et dans la région méridionale du pays il conserve un charisme et une autorité réelle, même si sa forclusion, et l’émergence d’un autre leader du pays fon, en la personne de l’actuel locataire de la Marina, pourrait avoir sensiblement effrité son influence politique.

Conjugué au poids de l’âge et à l’absence du terrain et de la compétition politique depuis plus d’une décennie, Nicéphore SOGLO présente donc sûrement quelques handicaps, dans la perspective de conduire une opposition forte et robuste dont il n’a plus la force physique ; même s’il conserve un irrésistible sens de la formule et une volonté de combattre qui rappelle fort bien son sobriquet de « Hercule ».

Il y a lieu, en somme, de conclure partiellement que ces deux figures sont plus que nécessaires pour faire gagner l’opposition ; mais qu’elles pourraient mieux incarner une force d’encadrement et des cautions morales que passer pour les soldats qui devront mettre le pied dans le cambouis.

Ce qui conduit  à se retourner vers deux sérieux aspirants à la fonction présidentielle.

AJAVON ET KOUTCHE, DEUX « AMIS »CONCURRENTS

Richissime homme d’affaires, Sébastien AJAVON qui fut l’un des acteurs des décisifs de la coalition de Rupture en appelant ses presque 700.000 électeurs à choisir Patrice Talon est depuis dans l’œil du cyclone de celui qu’il fit roi, selon la bonne et entendue leçon de Machiavel qui appelle à se défaire, dès la première occasion de son faiseur de roi et à l’anéantir.

Six (06) mois à peine s’étaient passés sous le régime dont il fut co-géniteur qu’il fut présenté comme dealer à l’occasion de la rocambolesque découverte supposée de 18 kg  de cocaïne dite pure dans l’un de ses containers au port autonome de Cotonou.

L’homme qui a frôlé la prison de justesse, après un humiliant placement en garde-à-vue est depuis cinq (05) mois président d’honneur d’un parti d’obédience progressiste, l’Union Sociale libérale) en opposition affirmée et assumée avec le pouvoir en place.

Une bonne partie de l’opinion le voit comme le leader naturel de l’opposition, en raison de son score à la dernière élection présidentielle (23% des suffrages exprimés) ; i de son pouvoir financier incontestable, mais surtout de sa grande propension pour le social matérialisé par les oeuvres de la Fondation qui porte son nom.

Seulement et probablement conscient de cela, le pouvoir œuvre à l’affaiblir par des mesures diverses prenant la forme de pression, voire de répression fiscale ou empruntant la voie de dispositions légales et réglementaires tendant à instaurer un environnement de contentieux sur son dossier électoral.

Et du moins, il ne serait pas le seul os dans sa gorge que le pouvoir essaie de broyer.

Komi Koutché qui fut longtemps perçu comme le dauphin de Boni Yayi avant le choix inattendu de Lionel Zinsou, bénéficie d’une large opinion favorable, en particulier au sein de la jeunesse. Et comme le pouvoir n’entend rien laisser au hasard, l’ancien argentier national, en train de boucler en ce moment un cycle doctoral aux Etats-Unis, est lui,visé par des poursuites judiciaires dans de nombreux dossiers, où son autorisation de mise en accusation devant la Haute Cour de Justice (HCJ) est requise.

De même, la modification en chantier du Code électoral, introduisant une condition de résidence sur le territoire douze (12) mois avant les élections ne laisse pas de soupçonner un ostracisme à son encontre, ainsi qu’à l’encontre d’autres opposants.

L’homme reste toutefois imperturbable et ses réseaux de soutien, tant au pays que dans la diaspora ne cessent de s’étoffer, grâce entre autres à sa jeunesse et son expertise technique consolidée par ses expériences successives en tant que Directeur Général du Fonds National de la Microfinance, Ministre de la Communication et Ministre des Finances.

Et même si les rumeurs lui prêtent un trésor de Crésus, il reste à savoir s’il possède vraiment les moyens pour affronter Patrice Talon en osant descendre au pays pour prendre le leadership de l’opposition, se faire élire député et consolider ses chances pour la présidentielle de 2021.

Pour certain, il paraît préférable que l’un ou l’autre de ces deux hommes qui se connaissent bien ose prendre le leadership, à moins de préférer laisser la place au redoutable Azannaï ou alors à l’ancien maire de Cotonou, lui aussi en exil.

AZANNAI ET LEHADY, UNE UNITE DE FACADE ?

Un redoutable bagarreur. Ces deux mots, pourraient résumer à eux seuls la personnalité peu candide, somme toute, de Azannaï.

Au départ membre de la famille Renaissance du Bénin, l’homme, connu pour sa propension à aller ‘’au charbon’’, s’est vite émancipé des Soglo pour créer sa propre formation politique, Restaurer l’Espoir ; et ensuite rejoindre Boni Yayi, dont il fut ministre, avant d’être le ‘’Terminator’’ qui fit couler le régime des Cauris.

On ne sait que trop qu’après avoir fortement contribué à la victoire de Patrice Talon en 2016, il est nommé ministre de la Défense ; mais démissionne quelques mois plus tard, pour manifester son désaccord.

Sur la scène politique et dans l’opinion, son image demeure la même : Azannaï est un homme de conviction, de foi, prêt à élever la voix et à se jeter dans la mêlée. Les paroles ‘’courtoises’’ qu’ils échangèrent et le duel qu’ils menèrent, en 2015, Boni Yayi et lui, ainsi que sa récente démission du gouvernement Talon le démontrent à suffisance. Le ‘’Namazu’’ sous terre qui a l’art de remuer l’arène politique comme on secoue un cocotier, a les épaules pour porter la cause et la voix de l’opposition.

A moins que son ‘’frère’’ Léhady ne rentre d’exil

L’histoire retiendra que le fils Soglo aura été celui qui empêcha Azannaï de s’asseoir sur le fauteuil de Nicéphore, comme maire de Cotonou. En 2015, Léhady, que l’on disait fini et incapable d’assurer la relève de ses géniteurs, a déjoué tous les pronostics en se faisant élire, au nez et à la barbe de Azannaï soutenu par Patrice Talon, à la mairie, succédant avec éclat à son père.

Malgré la défaite de son candidat, Lionel Zinsou en 2016, et plutôt que de retourner casaque comme la plupart des politiques, l’homme décide de ne pas soutenir Talon. Conséquence, il fut révoqué de son poste de maire et son parti disloqué avec le concours actif du pouvoir ; son domicile, perquisitionné ; et il manqua de peu de subir le sort de Laurent Mètongnon et Atao Hinnouho, deux opposants écroués à la prison civile de Cotonou.

Bien que, à tous égards, tout semble opposer les deux hommes, on aura vu Azannaï au domicile de Léhady en juillet 2017, rappelant ainsi la solidarité des Soglo vis-à-vis du président de ‘’Restaurer l’Espoir’’ à l’occasion de la tentative ratée de son arrestation sous le pouvoir de Yayi en mai 2015.

En exil à Paris comme avant lui Patrice Talon, peut-être Léhady s’inspire-t-il déjà de la stratégie de son tombeur pour revenir en force et prendre les rênes du pays, mais encore, faille-t-il qu’il parvienne à organiser ses hommes sur place, prendre le leadership sur les autres leaders hésitants de l’opposition ; et affirmer son autorité de guerrier que ses proches vantent.

Pour l’heure, c’est le parti communiste du Bénin, membre tout à la fois du Front du Sursaut Patriotique et de la Coalition pour la Défense de la Démocratie,qui entretient le combat, avec une poignée de députés de l’opposition et la présence remarquée de jeunes leaders de l’opposition.

LES RAYONS ET LES OMBRES

Au total, il y a lieu d’observer que la dynamique créée autour de la Coalition pour la Défense de la Démocratie a intérêt à se donner les muscles, se structurer, identifier son leader, s’agréger les autres forces politiques de l’opposition et aller au contact des populations pour les assurer de son unité, de sa combativité et de sa capacité à faire face à Patrice Talon et le défaire.

En se mettant ensemble à Djeffa en mai dernier, les leaders de l’opposition avaient envoyé un signal. Mais aujourd’hui, une lourde couche d’ombres pèse sur la viabilité du projet.

Ajavon, Yayi, Koutché, Azannaï et les Soglo doivent savoir qu’ils ont une responsabilité historique dans le succès ou l’échec prochain de l’opposition.

Constantin AMOUSSOU

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