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Il faut rendre la terre aux africains. Tel est le message fort lancé par la rédaction du magazine L’Autre Afrique dans cette tribune. Tant et aussi longtemps que les multinationales et les institutions de Breton Wood encouragent la spoliation et l’accaparement des terres en Afrique, le problème de l’autosuffisance alimentaire se posera avec acuité. La redistribution des terres semble être la condition sine qua non pour une Afrique libre, prospère et égalitaire. Car qui ne possède pas sa terre n’est pas libre. Alors, la terre africaine aux africains !

La terre a été spoliée

A l’ombre du «grand commandeur» Nelson Mandela en personne, et à son propre choix politique, la question de la Terre, pourtant cruciale en Azanie, a toujours été poussée sous le tapis par tous ses successeurs et ceux qui se réclamaient de son héritage. Autrement dit, malgré la spoliation des terres, injustice majeure, souvenir jamais effacé des violences coloniales, pour tous ces nouveaux nantis intégrés à l’état post apartheid, la ligne de conduite était : «Il est urgent de ne pas régler cette question!»Garder le statu quo, «préserver la paix intérieure», «assurer la transition»…autant d’arguments mis en avant comme une litanie par Mandela et ses «amis», par l’ANC premier parti d’Azanie et dirigé de sa prison par Mandela, soutenu aussi par le PC d’Afrique du Sud et la COSATU principal syndicat ouvrier, contrôlé par l’ANC. Tout l’appareil d’état, les partis et institutions complètement inté-grés au même appareil d’état, se tenaient ainsi, en rangs serrés, sur la ligne «conciliatrice» défendue par les héritiers de Mandela : ne pas alimenter de conflit éventuel avec la minorité blanche !Dans un pays où le souvenir de l’apartheid est encore dans toutes les mémoires. Dans un pays où la possession de la terre, arrachée par la guerre aux africains par les blancs colons, était le fondement clef de l’idéologie d’apartheid, comment était-il possible de penser, de croire que cette question pouvait rester ainsi, indéfiniment, sans réponse ?Solder l’apartheid Le 27 février dernier, pourtant, le parlement d’Afrique du Sud a adopté une motion permettant de revoir la Constitution de 1994 dans l’optique d’une éventuelle distribution des terres des grands fermiers blancs en direction de la majorité noire.Ne nous y trompons pas, si cette proposition, déposée par Julius Malema, opposant de longue date à Jacob Zuma et à l’ANC, issu lui-même de l’ANC et dirigeant aujourd’hui le Parti Economic Freedom Fighters, a été adoptée grâce aux voix de l’ANC c’est que, dans ce pays où les inégalités sont féroces et où le niveau de vie s’abaisse dramatiquement de jour en jour, la majorité noire ne supporte plus que les conséquences de l’apartheid ne soient toujours pas soldées. Durant 24 ans et les accords de la Codesa l’ANC de Mandela s’est ingéniée à renoncer à rendre sa terre à la majorité noire africaine, question hautement symbolique, tout comme de la même façon et en même temps, «obéissant» aux injonctions des institutions internationales (Banques mondiale, FMI…), le pouvoir post apartheid continuait, sous d’autres formes, une politique économique qui a maintenu, jusqu’à aujourd’hui, les travailleurs noirs dans la plus extrême pauvreté.

Redistribution !

La majorité noire, confrontée à la misère ne veut plus de ces stigmates trop visibles de l’apartheid. La question de la terre fait partie de cette volonté populaire de faire du renversement de l’ancien ré-gime une période de réelle liberté pour celles et ceux grâce à qui l’apartheid a été chassé.La possession des terres par ceux qui les ont volées, arrachées et, pour leur seul intérêt, gardées par la violence armée est perçue comme un couteau plantée dans le dos des noirs d’Afrique, majorité condamnée à continuer à souffrir devant les barbelés de la minorité blanche.«Ces terres sont à nous, elles doivent nous être, une fois pour toute, définitivement restituées!». Telle est la simple revendication des paysans.Elles étaient propriété des africains noirs et, arrachées et appropriées par la force armée, elles doivent être restituées sans indemnité ni rachat. Il s’agit là de la moindre des justices. Les colons, pour s’installer sur ces terres y
ns !ont fait couler le sang, indemniser les actuels «propriétaires» reviendraient donc à légitimer et rétribuer le crime.Aussi légitime que soit cette revendication, et même si l’ANC n’ a pas osé ne pas voter cette motion, rien ne sera aisé. Le tout nouveau président Ramaphosa a déjà déclaré : «Nous allons gérer ce problème d’une manière qui ne portera pas atteinte à l’économie. Nous n’autoriserons pas des intervention s’apparentant à du vol…» Autrement dit, cette mise en garde s’appuyant sur le «droit de propriété», interdit par avance toute redistribution réelle.De l’autre côté, les courants racistes de la minorité blanche brandissent elle aussi leurs menaces : «Nous déclencherons une campagne internationale pour alerter les gouvernements étrangers et les investisseurs que le droit de propriété est menacé en Afrique du Sud» (Site AfriForum)Et pourtant… Malgré les menaces et les rodomontades, nul ne peut pretendre à faire tourner la roue de l’histoire à l’envers. Les africains noirs d’Azanie, seuls acteurs du renversement du ré-gime d’apartheid, contre tous les obstacles et les freins, sauront mener à bien leur lutte pour leur émancipation.La restitution des terres, sans indemnité ni rachat, inéluctable, fait partie intégrante de ce cheminement.

 

Par Romuald A. Boko & François Charles

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